Date d'inscription : Le 03/07/2009 à 10:53:36 Dernière connexion : Le 29/07/2010 à 1:19:28 Nombre de nouvelles écrites : 11 Nombres de commentaires écrits : 10
- L'Olivier - Catégorie historique - Lu 260 fois - Moyenne des votes : 0.00 (Nombre de vote : 0)
Plongé dans l'histoire, les yeux écarquillés, Olivier écoutait son grand-père. Le vieil homme racontait son passé de résistant, un après-midi d'été, dans un quartier modeste. L'adolescent connaissait aujourd'hui, la plupart des aventures de son aïeul, pour ainsi dire, par cœur. Les histoires qui se déroulaient pendant la seconde guerre mondiale le passionnaient. Il écoutait probablement celle-ci, pour la énième fois. Il adorait également étudier cette sombre période, comme le prouvaient ses lourds classeurs remplis de documents. Cependant, le jeune garçon se gardait bien d'en parler à ses amis. Ils ne pourraient pas comprendre et le ridiculiseraient.
Olivier, donc, buvait les paroles de son grand-père : " Ce jour-là, avec mon camarade Bernard Lebrun, dont je t'ai déjà parlé, nous avions décidé de participer au détournement d'un train allemand. Il se dirigerait vers notre capitale française, remplis de soldats ennemis. Notre groupe de résistant devait le faire dérailler. Il fallait descendre sur les voies, afin d'abaisser un levier qui changerait la direction des rails, mais pas entièrement. Il devait rester bloquer entre les deux voies. Bien sûr, cela était plus difficile qu'il n'y parait. Nous devions éviter les patrouilles de soldats qui pourraient nous surprendre. La torture nous attendait si l'on se faisait prendre."
Il s'arrêta un moment, le visage refermé, l'air pensif. Il revoyait chacun de leurs actes, entendait à nouveau leurs paroles. Il ressentait toujours autant de tristesse et de gravité qu'au jour de l'action. Dehors, un train passa bruyamment, sortant l'homme de ses pensées. Voyant son petit fils s'impatienter, il reprit en soupirant : " Vois-tu, l'expédition se révélait dangereuse. Nous serions à découvert le temps de manœuvrer le levier et pouvions facilement être repérés. Malgré les risques, mon ami Bernard et moi étions déterminés à participer à l'opération. Nous avions prêté serment de ne jamais rien révéler à propos du réseau, si quelque chose tournait mal.
En fin de journée, nous nous étions retrouvés dans un petit bois, non loin de la voie ferrée. La consigne se révéla claire : agir vite et bien. Au signal, qui était l'imitation d'un cri d'oiseau, nous nous précipitâmes sur les rails et cinq hommes usèrent de leur force afin d'abaisser le levier rouillé suffisamment. Soudain, un coup de feu. Puis, un second. A nouveau, nous nous jetâmes dans la forêt en courrant à toute vitesse. Des soldats nous poursuivaient, ralentis des lourdes bottes.
Suivant une détonation, mon pauvre ami Bernard s'effondra sans crier gare. Je m'arrêtai dans mon élan, me précipita auprès de lui. Il leva la tête vers moi, les yeux remplis de détermination : " cours, m'ordonna-t-il, ne te fais pas avoir." Ne sachant que faire, je boitillai autour de lui, tel un animal voulant être fidèle à son maître. Voyant que je ne bougeais pas, il insista : "Ils m'ont détruit la cheville mais tout ira bien, vas-y." Il me poussa légèrement afin de m'encourager à reprendre ma course. "Fais-le pour moi" murmura-t-il une dernière fois.
Je me retournai lentement puis m'enfuis, son dernier regard déterminé gravé dans ma mémoire. Je m'en suis sortis mais lui, je ne le revis jamais.
Un homme courageux, bon camarade, excellent ami. Il aurait été heureux de la réussite de l'opération puisqu'en effet, le train n'atteignit jamais la capitale. Un si brave homme, il a subit la torture, sans rien révéler. Son nom fut publié dans notre journal…" La voix du vieillard se brisa sur ces derniers mots…
Olivier se releva. Il se tu, afin de laisser son grand-père seul au milieu de ses pensées. Il se prépara à sortir pour retrouver ses amis. Il enfila son blouson noir puis y cacha une bombe de peinture rouge. Le groupe de jeunes avait prévu d'aller décorer un mur vers l'extérieur de la ville. Alors qu'il passa devant l'homme âgé, ce dernier se dressa et lui souffla : " Je n'aime pas beaucoup te voir avec ces garnements." Il retomba dans le fauteuil, sans parler. Garnements ? s'indigna Olivier en sortant, ils allaient simplement peindre quelques tags qui ne feraient de mal à personne.
Il rencontra ses fréquentations dans un parking. Ils attendirent un peu avant de se mettre en route. Marc avait déniché un mur presque blanc comme neuf, près du chemin de fer, légèrement en dehors de la ville. Ils marchèrent en plaisantant à propos de choses et d'autres, sans grande importance.
Enfin, ils débouchèrent devant une place, complètement déserte. A l'écart, un mur en pierres, plutôt ancien mais propre, se dressait telle une barrière. Alors qu'ils s'approchaient, Olivier remarqua des confettis sur le sol, bleus, rouges et blancs, poussés au gré du vent. Comme l'avait précisé le chef, personne ne s'en était servi précédemment. Les tageurs purent s'en donner à cœur joie d'exprimer leurs idées sous forme de mots artistiques.
Cependant, Olivier se sentait mal à l'aise. Il réfléchissait. Ce mur n'est pas récent pensait- il. Il s'arrêta un moment. Il commença à le contourner à pas lents, ignorant les plaisanteries de ses camarades. Il tâtonna l'autre côté. Il fut surpris d'y rencontrer des trous et des creux. Sa main rencontra également des pierres, de la taille de briques, ce qui confirma son sentiment d'anxiété. Il se fraya un chemin en repoussant des branchages pour atteindre l'autre côté. Il recula afin de mieux observer le mur. Ses yeux tombèrent sur une plaquette dorée, fixée contre le tronc d'un arbre.
Il fut frappé d'horreur.
Les mots gravés qu'il parcouru le glacèrent : "Ci, après torture, furent fusillés neuf résistants français de la Seconde Guerre Mondiale. Puisse cet arbre, planté en leur mémoire, leur rendre hommage." S'ensuivirent les neuf noms. Le cœur d'Olivier s'enfonça de plus en plus, lui donna envie de vomir, de disparaître…
Il déchiffra à la huitième ligne :"Bernard LEBRUN".
La bombe de peinture tomba au sol, tinta d'un bruit métallique. Deux chaussures écrasèrent des olives au pied de l'arbre avant qu'une ombre ne s'enfuisse dans les sous-bois, vers la tombée de la nuit.
- Faim grisante - Catégorie historique - Lu 149 fois - Moyenne des votes : 0.00 (Nombre de vote : 0)
Je me faufilais rapidement au fond de la tranchée boueuse tandis que des bruits assourdissants retentissaient autour de moi. La boue me collait aux pieds, ralentissant ma progression. Je cherchais à rejoindre une crevasse pour me protéger un peu mieux, en attendant que les bombardements se calment. Autour de moi, certains hommes, toujours vivants, se tarissaient du mieux qu'ils le pouvaient. Je me sentais devenir plus lourd tandis que la pluie me trempait jusqu'aux os mais le creux dans le mur se rapprochait. Je continuais d'avancer sous un ciel zébré d'éclair, qui rendait l'atmosphère d'autant plus effrayante.
Soudain, le sol trembla avec force. Des morceaux de terre détachés des parois, tombèrent sur tous les occupants de la tranchée. Le bruit énorme qui s'ensuivit, me vrilla les tympans violemment. Quelques personnes crièrent. J'imaginais qu'un obus venait d'atterrir non loin d'ici, vers l'autre bout du fossé. Les tirs des ennemis se précisaient et atteignaient leur cible plus fréquemment…
Je parvins enfin à mon objectif. Je me glissais contre le mur pour rester tapi jusqu'à ce que la pluie et les bombardements cessent. En effet, je déteste le bruit, le froid, être mouillé a en attraper une pneumonie. Autrement dit, tout était réuni pour me plaire, ici, songeais-je ironiquement. Au fil de mes pensées, je tremblais à la fois de froid et peur. Toutefois, je ne voulais pas rester sans rien faire. En attendant, je tentai de gratter, taper, creuser la terre pour rejoindre une galerie voisine où des amis de mon groupe se dissimulaient. Le temps passait, je crois qu’une demi-heure s’écoula, mais en vain…Je devais me trouver bien plus loin que je ne le croyais.
Cependant, déranger un peu de boue se révéla un avantage, puisque je pouvais m'aplatir complètement contre la paroi. La terre me recouvrant à moitié, me cachait de loin. Il ne me restait plus qu’à attendre en dormant que la paix ne revienne. Je fermais les yeux pour laisser le sommeil prendre le dessus…
Quelques heures plus tard, je clignai de l’œil droit car je voyais trouble. De la boue collée au front avait glissée jusque dans mes cils. Je pouvais à présent contempler le lever du jour d’un ciel presque clair. Les bombardiers étaient finalement rentrés chez eux. Je me risquai enfin à sortir. Je voulais me déplacer afin de retrouver les miens.
Mes membres toujours engourdis, je cherchai la bonne direction qui me permettrait de quitter cette maudite tranchée. A mesure de mon avancement, je me rendis compte que le nombre de survivants était minime. Ceux qui bougeaient encore, étaient tous sales, souvent ensanglantés. Quand à l’allure des cadavres, absolument repoussants ! Apres ces réflexions, je songeais à ma propre apparence physique. Mon uniforme gris de tous les jours ne devait guère paraître soigné. Peu importe, je devais sortir d’ici.
J’errai au milieu de ces hommes fatigués ne sachant comment retrouver ma galerie. La faim se faisait sentir, devenant peu à peu intenable. Mon ventre vide depuis une journée entière criait famine. Je reniflai autour de moi dans l’espoir de sentir quelque chose de comestible. Je ne distinguai malheureusement rien autour de moi. Je poursuivis donc mon chemin vers une extrémité de la tranchée. Les survivants et même les morts se raréfiaient.
Et là, j’aperçu un morceau de pain qui dépassait de la poche d’un décédé ! Je m’approchai doucement, à petit pas. Je sais bien qu’il ne faut pas voler les morts, mais il n’a plus besoin de se nourrir. De toute façon, qui a des scrupules parmi nous en ce moment ?
J’observai les alentours une dernière fois avant d’oser m’élancer. Rien ne bougeait. Je pris mon élan et me précipitai sur le bien pour m’en emparer le plus vite possible. J’en grignotai une partie qui parut délicieuse malgré les quelques gouttes de sang dessus. Je me dis que je devrai le partager, j’essayai donc de le sortir de la poche. Ma méthode s’avérait un peu bruyante mais je ne pouvais pas faire mieux. Seulement…
Aïe ! Je sentis tout à coup qu’on me serrait le ventre avec force. Un bout de griffe s’arracha tandis que je tentai de me défendre. On me ceintura plus fort et je sentis du sang s’écouler sur mon pelage.
Un homme m’avait repéré. Il m’avait attrapé avant que je ne puisse m’échapper avec le bout de pain. J’avais enfin mangé mais la nourriture se faisait rare. Je devinais comment ma petite vie de rat allait se terminer dans quelques instants…
- Where do you come from ? - Catégorie historique - Lu 159 fois - Moyenne des votes : 0.00 (Nombre de vote : 0)
As he stepped into the class-room, he attracted everybody’s attention. This was only a small school, new pupils hardly ever arrived during the year. The headmaster whispered a few words to the teacher then left the room. “Children, called out the master, this is Hans Peter, who is going to join us for the rest of the year. Peter, you can go to sit in the third row.”
The boy obeyed him, carried by his thin legs, while thirty pairs of eyes were looking at him. His light coloured hair fell in front of his eyes. He seemed small and young for his age but most of the children were skinny at this time, there was nothing surprising. He sat on the bench silently and didn’t move for the next few hours.
During the break-time, Mr Martin went up to his new pupil to find out what his schooling had been like so far, what had he been learning this year, did he have a lot to catch up and how difficult did he find it. The child answered politely and briefly to each question with a strongly pronounced accent. This was not unusual in this village, everybody spoke differently. “A reserved and sad boy”, the teacher was thinking as he let him go out to join the others. “Oh what has the war done to all of us?” he sighed…
Outdoors, Peter was struck by the cold. He watched the grounds as he shivered under his scarf. Nevertheless, he still chose to walk towards a bench, to sit down, alone. He observed the other children. They were running around, playing, laughing but he did not want to try to mix with them. “It’s pointless”, he bitterly said to himself, “they will end up being mean as soon as they find out. There is no reason why it should be different here.” He waited for the bell to ring with only his thoughts as company.
Time gradually went by, as the children were given an arithmetic lesson. Like the rest of the class, Peter took great care in writing straight numbers on his slate. He worked out the multiplications one by one but did not take part when they had to give the answers. After that, the boys were free for a couple of hours, to enable them to have their light meal. Once again, the new pupil isolated himself from the others. He even avoided their looks. He left his table as soon as he could, though it didn’t take him long to swallow his bread and his small piece of chicken.
He went back to the bench he had chosen earlier. But this time, he got something out of his largest pocket. He opened a notebook and fiddled with the pages before randomly selecting one, towards the middle. He pulled out a pencil of another pocket, twisted it in his fingers then started drawing. He began tracing shapes which gradually became a character. He paused for a moment to stare at his work. He bent down again to create a second shape. A gun appeared, held by an invisible hand, at the level of the soldier’s head. He closed his eyes…
Peter jumped as he felt a hand tap his shoulder. He looked behind him: a curly haired boy was standing there, smiling: “-Hi” he began, “you drew that German soldier really well! And you have only been sitting here for ten minutes! “ He was not discouraged by the silence which greeted him and continued :
“- I’m Frederic, we are in the same class. What is your name?
-I’m Peter, he conceded warily.
-Have you been drawing for long?
-I used to want to be an artist? he whispered
-You should continue drawing then, you are good, you should try.
The boy gave no answer, he looked down..
-Where do you come from?, he tried
At least he got an answer this time:
-I’m not so sure, I’ve been moving a lot the last few years
-I understand, I’ve moved around too. But I’m still from Bordeaux. Anyway, I will see you for sports. We can be in the same football team if you want.”
He offered a last friendly smile and walked away. Peter watched him for a while but his drawing attracted his attention again. He glared at it. A sparkle of anger lit his eyes. He grabbed his pencil and scribbled violently over what he had created. He stuffed the note-book back in his pocket and went back to the classroom.
Mr. Martin took them to another playground, on the other side of the school. That was the sports pitch. The boys stood in neat lines of six or seven. First, there would be gymnastics to warm up then a game of football would take place. They silently followed the instructions of their teacher. Arms up, arms down, bend down, touch your feet. These exercises were only to limber them up however, Peter was struggling. His hands were on his hips as he felt the pain when he bent down. These movements attracted Mr. Martin’s attention. Before organizing the game, he approached the boy to ask him in a reassuring adult tone:
“-Are you in pain? I saw you had a few difficulties during the gymnastic exercises.
- No, Sir, I’m fine, thanks, he responded quickly. He didn’t want anyone to overhear the conversation.
- You should know that you are not obliged to participate in the sports lesson if you are injured.
- I assure you Sir, I am not injured”, he said in a convincing tone.
The man gave in, though he did not believe him. This boy’s attitude was probably due to what the director had explained to him when he first brought him to the classroom. “Boys, divide yourselves into two teams”. Frederic was in the same team as Peter who responded to the smile this time. The match began. Football was not his favorite activity, but he hadn’t had the opportunity to play for so long, that he really enjoyed it that afternoon. Without even realizing it, he opened up to the other boys in his class. He took part as much as everybody else did, though he got out of breath rapidly.
At four o’clock, the pupils were free to go home. Frederic told Peter that a group of the class was going to stay a little longer to have a game of marbles. Today went fairly well, so he chose to stay as well. As he hadn’t thought of bringing any marbles though on his first day, he just stood and watched. He encouraged and booed with the others according to the players’ merit. Peter was happy that the others seemed to have accepted him. He wanted to make friends despite what had happened to him previously, he thus decided to invite Frederic for tea.
Once the game was over, the two boys set off. They realized that their homes weren’t far away from each other as well as being close to the school. It was only a small village, with the houses and shops gathered around the Church. They arrived where Peter lived, alone with his mother. She was pleased to meet her son’s new companion and relieved that nothing had gone wrong on his first day at this new school. Nevertheless, she didn’t talk to them for long, she felt that Peter was getting awkward, probably because of her bad French. It was hard at this period to be accepted somewhere where it was more natural for people to reject those considered as undesirable.
Peter took out a bottle of milk, two glasses and placed a few biscuits on a plate. They went to his bedroom for a game of jacks. After a while, Frederic asked in a slightly hesitant voice:
“-You suffered during the war too? he realized the other boy had become paler and was staring at the ground. You know, you can talk to me if you want, I know what it’s like, he continued kindly, my mother was Jewish so we often got humiliated before the war. I’ve been hidden in this village with my uncle for the last few years, I don’t know what happened to my parents.” he said sadly.
Peter felt Frederic’s eyes on him. He had got up and was now standing facing his desk. His friend leaned to the side and realized that he was holding something in his hands, something he had taken from under a pile of papers in a draw.
Frederic got to his feet and was about to apologize for reminding him of memories he would surely prefer to forget. But Peter turned around fairly violently. Tears of both rage and despair were shining in his eyes. He threw a photo frame at the feet of the other boy. The glass broke.
“I’m the son of a Nazi” he cried out.
He left the room rapidly.
Silently, Frederic bent down to pick up the frame. He brushed away the glass debris with the back of his hand. He carefully observed the portrait. A proud man, a uniform with a swastika, Hitler’s salute… He quietly put the picture back on the desk. He went downstairs.
- Elle. Si belle. - Catégorie divers - Lu 230 fois - Moyenne des votes : 0.00 (Nombre de vote : 0)
Ça y est, j’ai enfin fini mon travail ! Je vais pouvoir y aller, se dit-il, un sourire rêveur aux lèvres… Il quitta son bureau, recula sa chaise dans un grincement de protestation. D’un geste agile, il empoigna ses clés. Après avoir enfilé son blouson dans le vestibule, il sortit et pensa à refermer soigneusement derrière lui. Il contourna la maison afin de récupérer son vélo, paresseusement appuyé contre le mur, près de la terrassa.
L’adolescent enfourcha la selle habilement, appuya de tout son poids sur les pédales pour sortir du petit jardin terreux. Il rejoignit la route principale quelques instants plus tard.
C’était une bonne idée d’acheter cette bicyclette. Ainsi, je suis plus libre, je peux la rejoindre facilement... Mais je sais qu’elle ne sera jamais loin pour moi… Le flot de pensées tourbillonnait à la vitesse du vent dans la tête du jeune garçon tandis qu’il roulait vers elle. Ne dit-on pas que l’amour donne des ailes ? Il savourait à l’avance l’instant de joie qu’il allait vivre.
Au sommet de la colline qu’il venait de gravir, il se redressa sur la selle. A cet instant, il l’aperçut. Là, au loin. Elle l’attendait… Cette vision lui arracha une exclamation qui lui fit avaler une bouffée d’air frais. Déjà, il la voyait. Resplendissante, bien sûr. En avançant à toute vitesse, il lui semblait déjà reconnaître son parfum bien à elle. Il rayonnait de plaisir à l’idée qu’il allait bientôt la rejoindre.
Enfin, plus qu’une cinquantaine de mètres ! L’adolescent donna l’ultime poussée sur les pédales pour se laisser emporter jusqu’à elle, d’un mouvement ample et serein. Il grimpa sur le trottoir qui l’amena à dévaler la pente habituelle.
Sa roue avant rencontra le sable, le freina brutalement, coupa son élan. Qu’importe ! Il s’y attendait et s’était levé au bon moment afin de mieux répartir son poids sur sa vieille bicyclette. Son visage illuminé, reflétait ses sentiments à tel point que les passants se retournaient sur ce jeune homme qui rejoignait celle qu’il aimait.
Brusquement, il se débarrassa du vélo. Sûr de sa manœuvre, il sauta du côté gauche, tandis qu’il repoussa l’engin vers la droite. La roue avant grinçait toujours, tandis que la bicyclette venait de s’écraser seule sur le sable, dans un bruit mat. Emporté par son élan, il fit quelques enjambées rapides, puis ralentit, pour s’approcher d’elle avec plus de douceur et de tendresse.
Le sourire rêveur de nouveau aux lèvres, le jeune garçon s’assit face à elle, il laissa ses yeux se perdre dans le bleu de celle qu’il aimait tant. Il glissa ses doigts dans le sable, respira profondément.
Il s’enivrait de la mer ; il avait retrouvé son élément.
- Speeder-man - Catégorie divers - Lu 111 fois - Moyenne des votes : 0.00 (Nombre de vote : 0)
Speeder-Man
J’aime pas les gosses. Ni les vieux. Je crois que c’est depuis que je pratique le skimboard sérieusement. Vous savez il s’agit de ce sport qui se pratique sur le rivage avec une planche en bois ou en fibre de verre que l’on lance à la main avant de sauter dessus pour glisser avec. Laissez-moi vous expliquer le problème. Un gosse ça crie, ça pleure. D’accord, j’admets que j’évoque ici un problème général. Passons aux vieux. Eux, ils marchent lentement. Le point commun entre les deux ? Ils sont toujours en plein milieu de ma trajectoire. Ils traînent sur mes beaux bancs de sable longtemps, longtemps, longtemps… Le pire c’est lorsque les petits vont chercher de l’eau dans leur seau pour remplir une piscine (alors que la mer se trouve devant eux…), une fosse de château fort (qu’ils vont s’amuser à sauter dessus pour détruire deux minutes après), ou je ne sais quoi d’aussi utile. Ils font des milliers d’allers-retours avant de se lasser tandis que le sable engloutit le précieux liquide plus vite que leurs jambes courtes ne peuvent l’apporter.
Vous devez me trouvez un peu bougon mais mettez-vous à ma place ! Je m’entraîne dur tous les week-ends. Je vais participer au championnat de France l’an prochain à Dunkerque. Et j’ai bien dit TOUS les week-ends : y compris ceux qui se situent dans les mois de décembre, janvier et février lorsque la température de la mer atteint bravement les 10 degrés lors des semaines ensoleillées. Je dois avouer que je porte un pull. En revanche, je n’ai rien pour protéger les pieds ce qui m’oblige à me réchauffer chaque fois qu’ils virent au violet-bleu. Je trouve ça plutôt intéressant comme couleur mais je préfère éviter de risquer de les perdre. En dehors du fait que je ne peux pas cesser de m’entraîner pendant trois mois, j’accepte de me retrouver au bord de l’eau glacée car j’apprécie énormément le privilège de la plage déserte. Personne qui ne traînasse, personne qui ne promène leur chien, personne qui… Tiens je les avais oubliés ceux-là. Les promeneurs de chiens qui se croient tout permis parce que le poste de secours est fermé. Au printemps et en automne ils permettent à leurs animaux sauvages de gambader à pleine vitesse dans le sable, terrorisant les constructeurs de château de sable au passage avant de finir leur cours en se jetant à l’eau juste à mes côtés. Oui, j’ai une chance phénoménale en ce qui concerne tout mammifère nuisible à la pratique du skimboard.
Je vous expliquais donc que je m’entraîne tout au long de l’année comme le fait chaque sportif dans sa discipline. Je subis les intempéries climatiques pendant trois mois, il est donc injuste que la belle saison de retour, je me retrouve obligé d’observer dix marmots et le passage de cinq aïeux en échange d’une glissade.
Ma stratégie jusqu’à présent consistait à me rendre à la plage en soirée. Malheureusement, je me suis vite rendu compte qu’elle n’était pas adaptée. Les touristes sont tenaces : lorsqu’ils viennent passer leurs vacances à la mer, ils resteront accrochés à la mer le plus de temps possible. Ceci signifie qu’ils aiment prolonger leurs après-midi –et ceux de leurs marmots brailleurs-constructeurs de châteaux- par des dîners sous forme de pique-nique sur place. L’avantage est que seul l’ennemi court sur pattes est présent. En effet, j’ai remarqué que nos aïeux n’apprécient pas de manger sur la plage. Peut-être que c’est difficile d’enlever le sable d’un dentier ? Bref, les promeneurs disparaissent pendant un certain temps. Ensuite, au crépuscule, apparaissent ceux de la pire espèce. Ils s’approchent à pas lents, profitant du calme du soir, gâché parfois par le troupeau d’enfant derrière eux, puis ils repèrent le malheureux skimmer. Leur curiosité éveillée, les marcheurs le dépassent, l’observent à la dérobée puis s’arrête quelques mètres devant lui pour voir quel spectacle a-t-il à offrir. Aucun, bien entendu, puisqu’ils sont plantés au milieu de sa piste. Vous ne pensez pas qu’un match de basket s’interromprait si un spectateur se plaçait sur le terrain afin de pouvoir mieux observer ? Les passants repartent au bout de quelques instants d’attente. Parfois, sans réaction, d’autre fois, en plaisantant à propos du rider et de sa malheureuse planche qui n’est pas une de surf.
J’ai donc décidé de faire évoluer ma stratégie. Cette fois, j’ai un complice : il s’appelle réveil matin. Je serais sur place si tôt que personne ne m’ennuiera. Demain sera ma grande première. Je brûle déjà d’impatience…
BipBip BipBip BIPBIP ! Gnn ? Que se passe-t-il ? Mes paupières sont si lourdes… Qui est l’abruti qui a glissé dans ma chambre un réveil programmé à 7H30 ?! Je me demande dans une colère cotonneuse. Peut-être mon petit frère ? Je sors un bras et abats mon poing comateux à plusieurs reprises avant d’éteindre la tête de l’ennemi. Mon cerveau s’était déjà mit en marche et parvint à saisir le souvenir de mon nouveau plan skimboard. Mon amour pour ce sport me fait rouler sur le côté hors de mon lit. Je me dirige comme un gros zombi vers la cuisine où se trouvent les céréales, le lait qu’il faut que je parvienne à rassembler dans un bol. Je ne suis pas du matin. Je ne l’ai jamais été. Inutile de préciser que je suis en mode pilotage automatique, sans son, sans pensées. Je me prépare machinalement, je rassemble mes affaires : wax, serviette, eau. Ah oui, il faut que je mette mon maillot de bain. Celui-ci enfilé, une paire de tongs aux pieds je me dirige vers la case sortie. L’air marin est frais, c’est agréable, la brise me caresse le visage et me réveille en douceur. Mes pas m’entraînent vers la plage. Je vois déjà l’étendue bleue. J’ai envie de courir. Vers elle. J’ai quinze ans : l’âge de toutes les audaces. Alors, je me précipite à pleine vitesse, comme les joyeux chiens d’hivers, vers l’eau. J’adore courir le plus vite possible mais je ne tiens pas longtemps. Lorsque mes pieds entrent en contact avec le sable pas encore tiède du matin, je lui abandonne ma planche. Je cours. Je suis au bord de l’eau. Je fais l’avion avec mes bras tandis que chaque enjambée créer une pluie de fines gouttelettes sur mon passage. Je suis libre ! Et quasi-seul.
Je reviens doucement quelques instants plus tard. J’emmène ma planche près du rivage. Nous sommes debout, face à la mer, je reprends mon souffle.
Il y a peu d’eau, ce qui limite nettement les exercices et figures praticables, mais le plus important est la joie de pouvoir enchaîner les glissades, l’une après l’autre sans devoir attendre pour quelque raison que ce soit. Il en est ainsi pendant deux heures environ, puis, la plage se remplie sérieusement…
Ils ont la supériorité du nombre encore et toujours. Toutefois, je suis heureux, fatigué et satisfait de mon entraînement. Je me retire sur la plage, cédant mon joli banc de sable. Immédiatement, une horde de bambins armés de pelles et de seaux se précipite sur mon ancienne terre, comme des castors se jetteraient sur l’ultime souche de bois. Je les regarde construire dans leur monde bien à eux.
Tout à coup, je vois surgir des jeunes de mon monde, la planche sous le bras. Ils doivent avoir quelques années de moins que moi. Bien sûr, ils ont repérés le terrain que j’ai utilisé toute la matinée mais à présent, la colonie de mômes travaille en bout de piste. Ils ne disposent que d’une quinzaine de mètres. Si ce sont des pros, ils pourront faire des figures sur une distance si courte à vitesse modérée. Ainsi ils ne détruiront pas môme-land. Oui, le groupe à l’air de s’installer. Peut-être que ce sont des champions juniors ? Après tout, il existe une catégorie moins de treize ans au championnat national. Je vais rester un peu pour voir ce qu’ils savent faire. Qui sait, ils pourraient même m’apprendre des astuces…
Le premier s’élance. Ouh là, il va vite… Et ses genoux ne sont pas suffisamment pliés. Il ne m’en faut pas plus pour savoir qui ils sont. Pff et dire que j’ai envisagé une seconde qu’il s’agirait de vrais champions comme sur internet. Ici, je ne rencontrerais que des touristes irrespectueux.
J’ai su que ça arriverait. Le gosse pas encore boutonneux lance sa planche avec force et je vois aussi un môme en slip spiderman ridicule, se lever avec son seau. Une planche en bois pèse deux à trois kilos. A l’avant, elle est taillée en pointe. Lancée ainsi, il y a de quoi briser une nuque de sale gosse.
Je cours. Pas comme tout à l’heure, pas pour jouer et profiter de ma vie. Pour celle de Spiderman en couche-culotte. Je l’attrape, au passage, je croise son regard terrorisé d’avoir été saisi brutalement par un inconnu. Je le jette plus ou moins côté plage. J’ai le temps de le voir s’écraser comme un sac à patate tandis qu’une dame se précipite vers lui. Puis, je Ouch-
- Vieux Loup Solitaire - Catégorie divers - Lu 127 fois - Moyenne des votes : 0.00 (Nombre de vote : 0)
Lorsque j’avais décidé d’entreprendre ce voyage, je n’avais pas prévu qu’il bouleverserait le cours de ma vie. Evidemment, je ne pouvais savoir à l’avance que j’allais rencontrer celle auprès de qui je souhaiterais passer le restant de mes jours.
A l’époque, je venais de finir ma première année universitaire en lettres, à Paris, ville où je suis né, où j’ai grandi et d’où je n’étais jamais sorti. J’avais donc choisit de m’aventurer sur les routes de France pendant nos trois mois de vacances afin de découvrir notre province.
C’est ainsi que début juillet, un sac contenant vêtements, livres, cartes routières et autres objets indispensables sur le dos, je me lançais en direction du Nord, ayant choisit de commencer mon périple par la Normandie. Etant jeune, mon père y avait vécu. Il me racontait ses souvenirs d’enfance campagnarde avec nostalgie et j’avais grandement envie de découvrir ses paysages verdoyants à mon tour.
Je pris d’abord un bus afin de m’éloigner rapidement de la capitale et de réserver mes jambes pour la campagne où il serait plus agréable de marcher. La première chose dont je m’aperçu, fut qu’il s’agissait effectivement d’une région peu peuplée. Je traversais des villages séparés les uns des autres par plusieurs kilomètres de route. J’étais donc loin d’imaginer que c’était dans cette partie si calme du pays que je rencontrerai celle que j’allais aimer.
Le troisième jour, le temps étant peu clément je choisi d’étendre le bras et de laisser mon pouce en l’air dans l’espoir qu’une voiture s’arrête et m’amène jusqu’à la prochaine commune. Celles-ci étant encore peu nombreuses ces années là hors des grandes villes, je me ravisai et replia mon bras pour éviter une crampe inutile. Je préférai à la place de tendre l’oreille, exercice moins fatigant pour un marcheur.
Une heure plus tard, un lourd bruit de moteur interrompit la régularité du souffle du vent. Je me retournai et tendis à nouveau le bras, cherchant le regard du chauffeur, sachant qu’un air suppliant vaut mieux qu’un bras. Chance ! La petite voiture s’arrêta. Le conducteur se révéla être une conductrice.
Avec un sourire étincelant, elle accepta de m’emmener. Mon destin se joua ici. Elle ne pouvait me conduire où j’avais prévu de me rendre mais proposa de me déposer dans le village marin où elle habitait. N’ayant pas d’itinéraire fixe, j’acceptai sa suggestion. Cette jeune femme était une agréable compagne de route. Je fus attristé au moment de me séparer d’elle lorsqu’elle m’indiqua un sentier qui me conduirait à un petit hôtel.
Le chemin m’éloigna du bourg, les maisons se faisaient plus rares, remplacées par des étendues d’herbe. Et Le ciel, toujours aussi gris tandis que la violence du vent me giflait à présent. J’espérai arriver sans tarder à l’hôtel.
Alors que je devais enfin tourner à droite pour rejoindre l’établissement, un bruit attira mon attention. C’était à la fois une sorte d’explosion et de souffle. Je pris la direction opposée et me dirigea vers les dunes à quelques centaines de mètre de moi.
Soudain, je l’aperçue.
Fasciné, je m’approchai lentement. La mer était là. Déchaînée, face à moi. Je ne pouvais détacher mes yeux de ce spectacle magnifique…
Je ne remercierai Sophie jamais assez de m’avoir conduit jusqu’à son village. C’est grâce à elle que je suis devenu un vieux de loup de mer.
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J’arrive, en retard bien sûr. Je les vois de loin: ils courent déjà. Trois silhouettes sur les talons du vice coach et trois autres qui traînent quelques mètres derrière. L’opposition. Je souris puis ris toute seule. Pas difficile de deviner qui est qui.
Je me glisse dans le cercle au moment des étirements. Sans un mot. Je ne vais pas saluer des personnes qui n’admettent pas mon existence en dehors du terrain.
Le premier exercice ne se fait pas attendre. Division non surprenante en deux équipes pour un jeu de course. Le plus clair dans les explications vaseuses c’est, bien sûr, qu’il faut GAGNER. Ca me soûle, déjà. Des pas chassés vers la droite, des pas chassés vers la gauche, deux sauts à pieds joints, encore des pas chassés et un retour en courant. Le tout en tenant le ballon dans les mains, va savoir pourquoi… Les premières s’élancent, à toute vitesse, va savoir pourquoi… (Allez, les filles, on gagne ! Il faut gagner !) Mon tour arrive. Je prends le ballon que me tend ma coéquipière et m’élance en trottinant. « ALLEEEZ, VAN ». Un cri dérange mon trottinement. M’appelle pas comme ça, ça n’a jamais été mon surnom. D’abord, on n’est pas pote, alors ne me surnomme pas tout court. Et puis, ça ne me fera pas aller plus vite.
Nous défilons les unes après les autres. Les muscles se froissent les uns après les autres. C’est à nouveau mon tour. Il est marqué d’un « MAS RAPIDO » autoritaire. Up yours, je marmonne au passage, à quelques centimètres de mon cher entraîneur. Mas rapido, j’t’en foutrais moi du mas rapido, c’est un ENTRAÎNEMENT, bordel. C’est pas nécessaire de se donner à 100%.
Fin de l’exercice. Sur sept joueuses, quatre ont mal. Trois, au point de ne plus pouvoir jouer. Je suis la quatrième. Je ne me suis pas claqué le muscle de la cuisse trop violemment mais je ne peux plus courir à pleine vitesse. Super capitaine explique qu’on se fait mal ainsi lorsque l’on s’est mal échauffé. Bien sûr, on s’est toutes mal échauffées, c’est une très bonne explication. Et la violence soudaine de l’exercice n'est pas à être prise en compte bien entendu ?
Nous passons aux tirs au but. Les blessées seront les ramasseurs de balle. Super capitaine fait une passe à la joueuse qui s’élance et qui doit tirer dans la foulée. Au lieu d’une passe, le super enthousiasme de notre capitaine lui fait envoyer des boulets de canons. Et nous tirons, nous tirons… Coach finit par intervenir et change la passeuse. Les minutes s’écoulent, nous tirons encore, l’ennui me gagne. J’étends les bras et je respire pour profiter du vent. C’est pas comme le mistral. Ici, je respire la poussière.
J’en ai marre. Je croise les bras et je continue de respirer. Coach se rapproche. Je me ronge un ongle et le crache vulgairement devant lui. Ca ne rate pas. En récompense de mon arrogance, coach m’envoie ramasser les balles. Erreur de sa part il me semble, puisque nous ne sommes plus que quatre valides. Effectivement, il cesse son manège et me rappelle tantôt. L’ennui est toujours présent.
Pour nous divertir, il nous fait changer de côté. Le vent parsème quelques paroles en espagnol qu’il m’adresse pour m’ordonner je ne sais quoi. What ? je lance. Il me répète son texte en anglais. Malheureusement, il est trop loin pour que je dise à voix haute « tu peux me parler dans la langue que tu veux, mais, tant que tu me tourneras le dos, je ne t’entendrais pas. » Je me contente de le penser à voix basse.
Nous changeons enfin d’exercice tandis que les blessés obtiennent une permission. Je n’offrirais pas à coach l’honneur d’appeler ses paroles explications. Je dirais plutôt qu’il effectua une vague tentative de communication. L’occasion est trop belle. Je ne le rate pas et lui lance sans sourire « Football players are really incapable of explaining anything, aren’t they ?». Je plaisante un peu lorsqu’il m’explique à nouveau afin qu’il ne digère pas mon humour trop mal.
L’exercice est plutôt amusant. Et utile surtout. Pour une fois, je m’entraîne pour la position que j’occupe lors des matchs. Je dis simplement avec un sourire « This is a nice exercice ». Coach est content. Son attitude change. Il m’encourage quand je joue. J’étire ma jambe, allongée au sol. Lorsqu’il faut reprendre l’exercice, il m’aide à me relever. Je l’ai vu faire le même geste tout au long de la séance avec diverses joueuses mais jusqu’alors il se gardait bien de s'approcher de moi et de mon regard noir. Enfoiré frustré. Tu n’auras pas mon approbation. Je suis la tête de l’opposition.
- Up and down - Catégorie Autobiographie - Lu 76 fois - Moyenne des votes : 7.00 (Nombre de vote : 1)
Aïe ! De la bière sur le parquet du salon. Vite, nous devons nettoyer. Le meilleur outil qu’il parvient à trouver dans notre cuisine (pourtant pas bien grande) : l’éponge. Je m’esclaffe de rire tandis que ma colloc' Laureen soupire en refermant la porte derrière elle précipitamment. Je fais l’effort de vaincre ma paresse afin de me lever pour aider notre ami maladroit à arranger la situation. Je marmonne au passage quelques commentaires pour le taquiner. « Je pensais m’être enfin débarrassée du rôle du grand depuis que Mickey est parti. Finalement, je ne suis pas sortie de l’auberge avec toi dans les parages… »
Quelques secondes plus tard, celle supposée endosser le rôle « du grand » fait moins la fière en se débattant avec un rouleau de sopalin neuf, trop bien collé pour réussir à arracher la première feuille. En attendant, le parquet en bois s’imprègne de la bière. Brusquement, je change d’avis et lui dit « Tiens, essaie avec un torchon en attendant ». Il s’exécute tandis que je continue de griffer en vain mon rouleau de papier. « Mais c’est complètement inefficace, ça sert à rien du tout » me fait-t-il remarquer en me rendant mon pauvre torchon. « Oh ! Ça va ! Tiens, tu n’as qu’à essayer d’ouvrir le sopalin ! », je ris alors que nous échangeons nos objets.
Je retourne ranger le torchon même pas un tantinet humide, (effectivement, c’était une mauvaise idée…), sous l’évier de la cuisine. De l’autre côté de la porte en verre, il a réussit à commencer le rouleau de papier et a sécher ce qui restait de bière. « Dis donc, » je l’entends dire, « si on habitait ensemble nous deux… ». Il pause avant de finir en plaisantant « on ne s’en sortirait pas ». Face à la poubelle, je tire une drôle de tête. Et pas parce qu’elle déborde… Oui ? Vas-y, mon grand, continue le fil de ta pensée. Si on vivait ensemble, un jour, ce serait une pagaille monstre et nos enfants finiraient par mourir de faim, c’est ça ? Toi aussi, tu as des phantasmes de petite fille ? Les mêmes que les miens ? Je ravale mes pensées et reviens vers lui en riant « Tu as raison, on retrouverait l’appartement en cendres… Mais au moins, il aura été très propre, vu comme c’était impeccable chez toi lorsqu’on y est allées, enfin, avant qu’on y soit. » « Ah oui, nettoyer, ça je sais faire » me lance-t-il tout content.
Tristement, l’atmosphère pesante revient très vite et il préfère ne pas tarder à partir.
- Down - Catégorie triste - Lu 70 fois - Moyenne des votes : 0.00 (Nombre de vote : 0)
Do you know what I think when I see you? I think that I used to believe that I had good friends here. But I didn’t. And I fell. Down, down, down.
We can’t rewind we’ve gone too far.
It didn’t have to finish this way, but now you just remind me of the worst time of my life. If you had been there as support, you would have been someone who had helped me get through this. But you weren’t. So you’re just someone who let me go down even deeper.
And if you really cared, you would have realized that I was upset one month ago and you would not speak to me as if I were the one who had done something wrong.
You’re only half right. I’m not sorry. Not to you. I’m sorry for myself. For have been a fragile kid who counted on friends.
Te souviens-tu, ce jour-là, des derniers mots que je t’ai offerts ? J’ai souris, et bégayé quelque peu, lorsque ma voix tintée d’humour a cherché à claironner d’une traite : « j’avais l’intention de quitter cette ville avec le sourire, sans me retourner et sans envisager d’y revenir, mais il se trouve que tu as gâché tous mes plans ! »
Je me souviens, à ce moment-là, de tes yeux tristes assortis à ton sourire… Tes bras, devenus gauches, qui m’entourent pour la première fois. Ma tête, appuyée contre ton épaule, pour la première fois. Tu es grand, je ne t’arrive qu’au menton. Tu bégaies à ton tour : les mots qui cherchent à me rassurer sortent désordonnés.
Le naturel reprend sur l’émotion. Je ne suis pas habituée à ce genre d’adieux. Je tente de faire le clown pour te faire rire ou, plus exactement, pour me faire rire. Je te chasse brutalement de l’immeuble après la promesse de ne pas se perdre de vue.
Je me suis rapidement éloignée de la porte que je venais de te claquer au visage pour empêcher la douleur de naître dans ma poitrine. De retour dans l’appartement, je me suis assise sur le tabouret restant qui attendait d’être empaqueté. « Je n’ai même plus de lit où pleurer », a été la première pensée que j’ai formulée après t’avoir tourné le dos. Le déménagement était déjà, comme tu le sais, bien avancé.
Je voulais que tu saches que ta présence m’a manquée toute de suite. Je me suis sentie aussi vide que mon ancien salon. Si j’ai empêché les larmes de couler, c’est parce que toutes les fenêtres étaient ouvertes.
J’ai essayé de t’imaginer remontant la rue qui t’amènerait à la manifestation à laquelle tu allais participer. J’ai espéré que tu pensais à moi en marchant jusque là. Moi, je pensais à notre rencontre devant ta fac. A comme tu as répété deux fois, ce premier jour, qu’on devrait aller boire un café ensemble. Aux soirées que nous avons passées ensemble. A tous ces bols de riz et de pâtes que tu as mangés chez moi. A ton désarroi lorsque tu as su que je partais dans trois jours. Tu ne t’y attendais pas… A notre dernière semaine passée ensemble, au cours de laquelle nous nous sommes rapprochés. Puis j’ai pensé à la façon dont je venais de te quitter.
Voilà. Tu l’auras compris : je ne suis pas satisfaite de nos adieux. Je ne voulais pas te claquer la porte au nez. Parce que je t’aime.