Date d'inscription : Le 12/02/2009 à 22:28:00 Dernière connexion : Le 03/01/2010 à 19:23:21 Nombre de nouvelles écrites : 8 Nombres de commentaires écrits : 2
Description
Bonjour, bonjour. Je m'apelle donc Anais et j'ai prochainement seize ans. J'aime lire et écrire, je ne ferais quasiment que ça si je m'écoutais.
- Le Bal - Catégorie sentimentale - Lu 226 fois - Moyenne des votes : 0.00 (Nombre de vote : 0)
Elle était sublime. Tout le monde ne voyait qu’elle. Ses joues prenaient une jolie teinte rosée quand elle s’en apercevait. Les garçons se relayaient pour l’inviter à danser, la faisant virevolter sur la musique douce qui emplissait la pièce. Elle leur souriait gentiment mais sans réel plaisir, l’esprit ailleurs. Les filles la jalousaient et lui en voulaient d’accaparer l’attention. Chose qui n’était pas volontaire et qu’elle ne souhaitait pas. Et lorsque la chanson se termina, son cavalier du moment lui embrassa la main et l’invita à boire un verre. Offre qu’elle déclina poliment. Les nombreuses danses et la chaleur étouffante de la salle lui donnèrent le vertige. Elle décida de prendre l’air. Elle refusa au passage les mains qui se tendaient pour lui proposer de l’aide.
Arrivée sur le balcon, elle se détendit. L’air frais – froid même – glissait sur sa peau, s’enroulait autour de ses bras et de son cou, caressait doucement ses joues. Quelque chose d’humide atterrit sur son nez. Elle leva les yeux et vit les flocons tomber du ciel. Elle s’émerveilla devant la beauté de la nature, comme une enfant. Les choses simples restaient les meilleures. Elle ferma les yeux, profitant du calme extérieur et de sa solitude. Lorsqu’elle les rouvrit, elle fut surprise de voir que quelqu’un avait rejoint le balcon. C’était un garçon. Elle espérait qu’il ne venait pas ici pour tenter sa chance ; elle avait repoussé assez de propositions pour la soirée, la prochaine serait certainement plus brutale. A l’autre bout, il se tourna vers elle, un sourire au coin des lèvres.
«Arrogant de surcroît, pensa-t-elle.»
Il se déplaça vers elle. Elle gardait les yeux fixement vers l’horizon, priant pour qu’il la laisse tranquille.
- Tu en as assez de tes admirateurs, hein ? lança-t-il.
Elle ne put s’empêcher de se tourner furtivement vers lui. Bizarre comme approche…
- Et toi, pourquoi es-tu là ? Trop d’admiratrices ? dit-elle d’une voix froide.
- Non, j’ai vu qu’il neigeait et je suis sorti.
Elle ne répondit pas. A quoi bon ? Il s’accouda à son tour et regarda le paysage. Des toits de maisons enneigés, des enseignes publicitaires, des voitures… Mais plus loin, s’il se forçait à ignorer le brouhaha de la ville, il distinguait des plaines, blanches elles aussi.
Elle soupira. Il ne parlait pas, ne l’embêtait pas. Se pourrait-il qu’elle se soit trompée ?
- Oui, j’en ai assez de mes… admirateurs, souffla-t-elle.
Il haussa un sourcil. Elle avait répondu à sa question. Il observa ses traits le plus discrètement possible. Ses lèvres étaient roses et brillaient comme un bonbon cependant elles s’affaissaient, n’offrant que rarement des sourires sincères. Son nez était fin, parfait. Un peu retroussé au bout. Ses yeux étaient verts et contemplaient ce qui se passait avec un émerveillement palpable. Son visage avait des airs enfantins mais quelque chose montrait qu’elle était mûre. Elle était facile à décrypter et en même temps terriblement dure à cerner. Il poursuivit son inspection. Ses cheveux étaient châtains, leur couleur rappelant le chocolat au lait. Elle les avait attaché en un chignon distingué d’où sortait quelques mèches folles, la rendant séduisante. Son cou pâle palpitait légèrement, au même rythme que son cœur. Sa poitrine était recouverte par un bandeau de robe, laissant supposer sans rien montrer. Elle était n’était pas affreusement maigre comme l’étaient la plupart des filles. Elle avait des formes tout en n’étant pas en excès. Ses bras nus la faisaient trembler de temps à autre, à cause du froid. Mais jamais elle n’exprima le souhait de rentrer. A l’intérieur, c’était les regards affamés qui la brûlaient. Elle sentait bon la lessive et quelque chose de sucré, de délicat…
Il soupira et elle tourna la tête vers lui. Puis, se souvenant qu’elle était censée l’ignorer, elle se détourna encore plus rapidement. Il rit. Ses joues se colorèrent, d’indignation cette fois.
- Tu te moques de moi ? gronda-t-elle.
- Oui, avoua-t-il entre deux soubresauts.
- Pourquoi ?
Il réfléchit.
- Parce que, tu donnes l’impression d’être une enfant alors que tu sais parfaitement ce que tu veux. Tu es… intéressante et en même temps, très compliquée à comprendre.
- N’essaye pas de me comprendre alors, cracha-t-elle.
A la seconde où elle prononça ces mots, elle s’en voulut. Il était probablement le seul à s’être montré poli et respectueux sans la draguer et elle l’envoyait paître.
- Tu n’en as pas marre de repousser les gens comme ça ? demanda-t-il en haussant les épaules.
Elle soupira imperceptiblement. Il ne lui en voulait pas, mais ne la comprenait pas.
- C’est très désagréable d’être un objet de convoitise. Surtout qu’ils veulent tous leur bonheur et pas le mien… dit-elle d’une voix amère.
- Je vois… ils sont stupides.
- Pas vraiment, ils sont… enfin, ils ne me plaisent pas en tous cas. Ils sont gentils, c’est tout, ajouta-t-elle.
Il sourit puis leva la tête. Les flocons tombaient de plus belle. Elle secoua ses cheveux et quelques paillettes blanches volèrent. Il la trouva plus belle que jamais, là, dehors, les yeux vers le ciel, les pommettes rougies. Elle ressemblait tellement à une femme-enfant… Lentement, il fit un pas pour retourner dans la salle de bal.
- Tu pars ? demanda-t-elle, surprise.
Il haussa vaguement les épaules.
- Je ne veux pas te déranger, c’est déjà un exploit que tu ne m’aies pas crier dessus, dit-il dans un sourire.
- Si tu le dis, répliqua-t-elle froidement.
- Tu ne devrais pas rester dehors trop longtemps, tu vas attraper froid.
- Et alors ?
Il fronça les sourcils en signe d’étonnement mais décida finalement de sourire et de s’en aller. Elle se retrouva seule sur le balcon, comme avant. Mais les flocons semblaient dénués d’intérêt maintenant. Elle tenta tant bien que mal de profiter encore une fois du paysage mais n’y parvint pas.
Soupirant, elle décida de rentrer.
Les autres dansaient toujours mais son apparition ne passa pas inaperçue, bien au contraire. Elle souffla, s’installa sur une chaise, dans un coin, seule, et pria pour que personne ne la dérange. Un slow fut annoncé et elle sentit tous les regards se tourner vers elle, plus ou moins discrètement. Elle prit soin de tous les éviter, le rouge lui montant aux joues. Lorsque la musique commença, elle dut repousser cinq propositions. Peu à peu, les garçons s’éloignaient, allant chercher une cavalière ailleurs… Elle passa en revue la salle, rapidement. Jusqu’à ce que ses yeux en rencontrent une autre paire. Bleus. Elle sourit puis se détourna. La musique la relaxa et elle ferma les yeux, pour se détendre encore plus.
- Alors comme ça, tu ne veux pas danser ? souffla une voix à son oreille.
Elle sursauta. Il se tenait à côté d’elle, la regardant avec une moue moqueuse.
- Non, décréta-t-elle.
Il prit une chaise non loin et s’assit à côté d’elle.
- Il ne t’est pas venu à l’esprit que si je me suis mise là, c’était pour être seule ?
- Non, répondit-il sérieusement.
Seule la lueur d’amusement dans ses yeux la fit ronchonner.
- Aucune personne normalement constituée ne souhaiterait la solitude, dit-il. Par conséquent, tu es censée apprécier ma compagnie. D’autant plus que je suis discret.
- Qui te dit que je suis normalement constituée ?
- Mis à part ton caractère exécrable s’entend, fit-il en roulant des yeux.
- Je suis donc censée apprécier ta compagnie… Juste censée. Il y a une grande différence entre la théorie et la pratique, vois-tu.
- Ma présence te déplaît ? demanda-t-il sobrement.
Il se pencha vers elle et dégagea une mèche de cheveux de ses longs doigts – touchant au passage sa joue – pour lui murmurer à l’oreille :
- Tant que ça ?
Elle ne répondit pas, trop occupée à reprendre ses esprits. Son pouls s’était accéléré et une douce chaleur s’emparait de tout son corps. Elle s’obligea à se calmer avant d’ouvrir la bouche.
- Ce n’est pas insupportable.
- Bien, trancha-t-il. Donc je reste.
Elle lui jeta un regard curieux qu’il ne parvint pas à interprété. Une autre mélodie commença. Un doux morceau de piano. Elle ferma les yeux un instant et mordilla ses lèvres. Elle aimait cette chanson.
- Là, tu ne peux pas me refuser de danser ! dit-il en riant.
- Pourquoi ? s’étonna-t-elle.
- Cela se voit à ta tête que tu en meures d’envie, alors viens.
Il se leva et lui tendit une main. Elle hésita, ses deux émeraudes faisant la navette entre son visage souriant et sa main. Subitement, elle se leva et le regardant dans les yeux, elle accepta son invitation. Ils se dirigèrent vers la piste.
Lorsqu’elle posa sa main sur son épaule et qu’il déposa la sienne dans son dos, elle frissonna. Lorsque leurs doigts se rejoignèrent, elle eut chaud. La danse commençait. Ils se déplaçaient lentement, comme pour se laisser le temps de s’habituer l’un à l’autre. Toutes les personnes présentes avaient les yeux fixés sur eux, mais ils ne s’en aperçurent pas. Il la faisait danser doucement, avec une tendresse infinie. Son visage n’exprimait aucun sentiment mais ses yeux le trahissaient. Comme toujours, ses joues, à elle, se colorèrent. Mais elle gardait ses iris plongés dans ceux de son partenaire. Ils évoluaient gracieusement, silencieux. La musique leur suffisait. Il la fit tournoyer sans la lâcher du regard, comme si elle eut été la plus précieuse des pierres. Tous étaient jaloux devant tant de magnificence. Les filles d’elle, les garçons de lui. Mais personne ne pouvait, ne serait-ce que, penser qu’ils n’allaient pas bien ensembles. Il était plus grand qu’elle d’une demie-tête. Ses cheveux étaient bruns et coiffés de manière désordonnée. Il avait de grands yeux bleus qui se détachaient de son visage légèrement halé. En un mot comme en cent, il était séduisant. Et elle était belle. Elle semblait n’être qu’une fragile petite chose dans ses bras mais sa volonté était de fer. Lorsque la musique s’arrêta, ils se regardèrent un instant. Nul n’osa les rejoindre sur la piste.
Il embrassa sa main puis s’éloigna. Elle se retourna pour le suivre du regard, surprise et blessée. Non, elle ne voulait pas qu’il s’en aille, qu’il la laisse au milieu de tout les autres. Elle se sentait de trop parmi eux. Avec lui, elle se sentait juste bien.
Elle trottina pour le rattraper. Arrivée à sa hauteur elle souffla.
- Ne pars pas.
Il semblait ne pas l’entendre.
- Ne me laisse pas, supplia-t-elle presque.
Il se stoppa. Se retournant vers elle, il retint sa respiration. Finalement ses yeux se fermèrent pour se rouvrir sur un visage toujours aussi parfait. Tout en elle était parfait. Elle souhaitait vraiment qu’il reste. Qu’il reste avec elle, qu’il la fasse danser, qu’il lui parle. Oui, juste lui parler lui aurait suffit.
- S’il te plaît…
Sa voix n’était plus qu’un murmure. Un murmure de désespoir. Il avança doucement sa main et caressa son visage. Elle ferma les yeux, inspirant de grandes goulées d’air. Il prit son minois d’ange entre ses deux mains, et lentement, se pencha vers elle. Il pouvait sentir son souffle sur son cou, sur son menton, puis sur sa bouche. Il effleura ses lèvres avec ses doigts, en dessinant le contour. Elle attendait, patiente, incapable de dire un mot, incapable de faire quoi que ce soit. Encore plus lentement, il se rapprocha d’elle à nouveau et leurs bouches se touchèrent. Un frisson lui parcourut l’échine et elle s’avança vers lui, passant délicatement une main autours de son cou. Leur baiser ne dura que quelques secondes. Avec des yeux tristes, il la regarda une dernière fois.
- Tu es de loin la plus belle, tu sais ?
Il posa sa bouche sur son front et partit. Elle voulut le suivre mais n’y parvint pas. Il n’avait rien demandé, rien promis. Juste un baiser. Un baiser et une danse. Il lui avait juste donné deux merveilleux souvenirs. Elle toucha ses lèvres du bout de son index. Elle avait l’impression qu’elles brûlaient. Elle se rendit sur le balcon. Les flocons tombaient toujours, la rafraîchissant plus qu’elle ne l’aurait pensé. Se penchant, elle l’aperçut marchant dans la neige. Elle aurait voulu le rejoindre, lui sauter au cou et l’embrasser, encore et encore. Elle se pencha juste un peu plus. Une larme roula sur sa joue et finit sa course dix mètres plus bas, sur une de ses traces de pas. Son cœur lui faisait mal, trop mal. L’amour n’est en rien comparable. C’est une chose capable de vous serrer le cœur, de vous le transpercer de toute part, de l’écraser dans un étau, de le détruire. De faire tellement de bien comme de faire mal, si mal…
- Romance entre deux arrêts - Catégorie sentimentale - Lu 160 fois - Moyenne des votes : 0.00 (Nombre de vote : 0)
Je n’aurais jamais pensé qu’il me tarderait de prendre le bus. Et pourtant, c’était le cas.
Evidemment, ce n’était pas à cause de la conduite du chauffeur, ni du magnifique paysage qui défilait à travers les vitres. C’était pour elle. Depuis trois semaines elle faisait une partie de mon trajet et j’étais heureux de la voir monter, tout bêtement. La première fois que je l’avais vu, mon cœur avait raté un battement. J’avais d’abord aperçu ses cheveux, blonds, qui flottaient au vent, à peine maintenus par le foulard marron qui était noué autour de son cou. Je n’y avais pas prêté attention, des filles blondes, il y en avait des milliers. Mais elle était rentrée et j’avais alors admiré son visage. L’espace d’un instant, je m’étais cru au Paradis. Elle était ce qu’il m’avait été donné de plus beau à voir. Sa peau d’albâtre faisait ressortir ses yeux gris. Un gris orageux, capable à tout instant de laisser tomber une pluie diluvienne ou de faire s’abattre la foudre. En la voyant, je ne décidai pas quelle option je préférais. Elle semblait faire partie de ces personnes frêles dont les colères sont à éviter. Son nez était un peu retroussé, parfait. Ses lèvres étaient pincées comme si elle avait peur de commettre quelconque erreur. Ses sourcils étaient le plus souvent froncés, preuve de sa concentration. Elle était fine et de taille moyenne. Elle sentait affreusement bon, comme ce devrait être interdit. Un doux mélange de vanille et de fraise. Une senteur qui faisait accélérer les battements de mon cœur chaque fois que mon odorat l’identifiait. Elle s’asseyait à l’avant du bus et quand elle n’avait pas de place, elle restait tout simplement debout, les yeux fixés sur les vitres.
Elle me semblait d’une innocence effarante. J’aurais voulu la protéger à chaque seconde qui passait. Je voulais qu’elle ne connaisse pas la douleur. Qu’elle soit heureuse, simplement. Nous arrivions à son arrêt. Mon sang refluait vers mes joues, et je tentais mentalement de me calmer. Les portes s’ouvrirent et elle monta. Elle inspecta rapidement le bus puis s’assit.
J’avais croisé ses yeux et cela me suffisait pour bien commencer la journée…
Je dis au revoir à mes amis puis m’engouffrai dans le bus, un peu trop rapidement. Je m’installai à ma place habituelle, l’esprit vagabondant. Elle entra. Un léger souffle de vent me l’indiqua. Je tournai la tête et crus que mon cœur allait se déchirer. Elle pleurait. Mon ange, mon bel ange pleurait. Soudainement, je voulus savoir. Etait-ce à cause d’une amie ? De sa famille ? D’une note ou d’un professeur ? D’un garçon ? J’aurais aimé aller la voir pour lui demander la raison de ses soucis. Hélas, je ne pouvais pas. Chaque larme qui roulait silencieusement sur ses joues tordait mon cœur de douleur. C’était une passion peu commune, de celles que l’on a du mal à croire. Elle ne s’assit pas, préférant rester debout. Espérant peut-être que ses larmes sortiraient moins nombreuses si elle se tenait à la verticale. Une vieille dame entra à sa suite et resta campée sur ses pieds elle aussi.
En un éclair, j’étais à côté d’elle et lui proposais ma place. Elle accepta et me remercia chaleureusement. Mon ange n’avait pas suivi l’échange. Je me retrouvai en face d’elle. Elle lâcha un soupir presque imperceptible et mon cœur se serra de nouveau. Je ne pouvais m’empêcher de la fixer – dans les limites du raisonnable. Elle était si belle. Ses yeux rouges et les sillons argentés tracés par sa tristesse n’altérait en rien sa splendeur ; il était tout bonnement inconcevable de faire pleurer une fille comme elle. Elle baissa la tête et son visage fut encadré par ses cheveux, pareils à des rideaux dorés. Je regrettai de ne pas être celui qui pouvait la consoler. Le bus s’arrêta et quelques personnes entrèrent. Elle se redressa et fixa les nouveaux arrivants.
- Léo… murmura-t-elle.
Je suivis son regard. Un garçon de notre âge venait d’entrer. Il était grand et ses vêtements laissaient deviner une musculature assez avantageuse. Ses cheveux était châtains, coupés assez courts. Sa tête rappelait vaguement un bébé avec ses grands yeux verts qui semblaient détailler le monde alentour.
Croisant ses yeux bleus emplis de chagrin il fronça les sourcils et s’approcha d’elle.
- Qu’est-ce qui se passe ?
Je voulais écouter, je voulais savoir. Savoir ce qui avait pu la rendre si triste, ce qui lui faisait si mal, ce qui faisait couler ses larmes.
Elle pleura de plus belle et j’en éprouvai de nouveau une douleur sourde. Le dénommé Léo lui tendit un mouchoir et elle le remercia. Puis je vis ses lèvres bouger… mais je n’entendis rien. J’étais un tantinet trop loin et elle parlait un tantinet trop doucement. Son ami l’écoutait et la réconfortait, et pour cela je le bénis, mentalement.
Il descendit cependant trois arrêts après, laissant de nouveau mon ange seule. Sa tête était tournée vers la vitre, de telle sorte que je ne voyais que son dos et ses cheveux. Mais je devinai sans mal que ses pensées étaient ailleurs.
Brusquement, elle se retourna. L’intensité de son regard me cloua sur place. Elle avait plongé ses yeux dans les miens et j’en avais presque le souffle coupé. Semblables à deux saphirs, ses prunelles ne me lâchaient pas. Nous restâmes un petit moment ainsi, à nous fixer. Et finalement, elle se détendit. Son visage prit une expression un peu gênée. Elle appuya sur un bouton pour demander l’arrêt. Elle avança vers la porte et manqua de tomber quand le bus tourna. Machinalement, je la rattrapai d’une main. Elle me regarda, surprise. Je répugnais l’idée de lâcher son bras mais j’y fus contraint puisqu’elle avait retrouvé son équilibre. Elle me remercia, sa voix pareille à une brise. Je déglutis malgré moi. Son arrêt se rapprochait inexorablement, inconscient de l’effet que sa présence avait sur moi.
Maîtrisant le martèlement de mon cœur, je me lançai :
- Excuse-moi… Comment tu… t’appelles ?
Elle me regarda de nouveau, inspectant chaque partie de mon visage. S’attardant sur mes yeux et mes lèvres.
- Gabrielle. Et toi ?
- Roméo, avouai-je en rougissant.
Elle eut un sourire amusé.
- Vraiment ?
- Vraiment, répétai-je en haussant les épaules. Ma mère adore la pièce de théâtre !
- Tu l’as déjà lu ?
- J’y ai été forcé, grimaçai-je.
Cette fois, elle émit un petit rire. Un son cristallin, plus beau que n’importe quelle mélodie.
- Je l’ai lu aussi. J’ai aimé, ajouta-t-elle.
Elle inspira puis me regarda d’un air contrit :
- Ô Roméo, pourquoi donc es-tu Roméo ?
Un sourire fendit mes lèvres.
- « Renie ton père et abdique ton nom. Ou si tu ne veux pas, jure de m’aimer et je ne serais plus une Capulet », récita-t-elle encore.
- « J’ai le manteau de la nuit pour me dérober à leurs yeux mais si tu ne veux pas de moi, laisse-les me trouver ici. Mieux vaut mourir par leur haine plutôt que de vivre sans être aimé de toi »
A mon tour j’affichais un air penaud. Le bus ralentit, elle allait descendre.
- Alors, au revoir, soufflai-je en proie à la douce tristesse qui me gagnait chaque fois qu’elle disparaissait de mon champ de vision.
- Au revoir Roméo, chuchota-t-elle. Et merci, je vais mieux.
Les portes s’ouvrirent et elle descendit. Mon cœur battait de nouveau à tout rompre. « Je vais mieux ». J’étais heureux. J’avais eu ce que je voulais.
- « La mort qui a sucé le miel de ton haleine n’a pas étendu encore son emprise sur ta beauté », murmurai-je pour moi-même.
- Y'a des jours où... - Catégorie triste - Lu 168 fois - Moyenne des votes : 0.00 (Nombre de vote : 0)
Juste une fois encore. Permettez-moi de le serrer dans mes bras, de poser ma tête dans le creux de son épaule, de l’écouter rire.
Je veux qu’il me raconte ses blagues qui ne font rire que nous deux, ces mots, ces promesses, qu’on s’échangeait furtivement. Tous ces souvenirs. Son odeur, ses yeux, ses cheveux. Rien qu’une fois, s’il vous plaît… Toutes ces larmes versées, tous ces sourires échangés. Sont-ils destinés à être oubliés ?
Plus jamais ? Ça n’aurait pas dû se finir comme ça. Ça n’aurait pas dû se dérouler ainsi !
A qui la faute ?
A toi ?
A moi ?
A nous deux, peut-être ?
Je regrette, je regrette tellement parfois. J’ai l’impression qu’il me manque quelque chose, mais je finis par me convaincre que j’ai bien fais. Tu me faisais souffrir, sans t’en rendre forcément compte. L’amitié, l’amour, sans réciprocité, c’est douloureux. Ça fait mourir à petit feu. Pourtant par moment, j’aimerais que tu viennes me voir, que tu me serres dans tes bras, que tu fasses une remarque sur mon comportement, ma coiffure, mes vêtements et que tu éclates d’un rire qui m’agace. Qui sonne comme la plus atroce des mélodies et en même temps comme la plus douce. Je veux tout ça. Je veux sourire quand je te vois, parce que je sais que ce sera bien, parce que ce sera nous deux. Rien ne peut nous atteindre. Rien n’est plus beau. Prends ma main, juste ça. Juste, dis-moi que tu pardonnes ma stupidité et que tout redeviendra comme avant. Dis-moi que tu me referas confiance et que je pourrais avoir confiance en toi. Dis-moi que je t’ai manqué et qu’on a du temps à rattraper. Dis-moi que tu n’as rien oublié, que tout t’est resté. Que des fois, tu y repensais. Et si ta fierté t’empêche de me dire tout ça, alors ne dis rien. Regarde-moi juste en souriant, et je lirais dans tes yeux ce que je veux retrouver. Rapproche-toi de moi, serre-moi dans tes bras, protège-moi…
Oh ! Et puis dis-moi que ça ne recommencera plus. D’accord, si tu as peur, ne le dis pas. Pense-le juste très fort, avec le cœur. je comprendrais.
Je veux juste te retrouver, te serrer dans mes bras, poser ma tête dans le creux de ton épaule, t’écouter rire. Juste une fois encore…
(ce n'est pas vraiment une nouvelle, juste une suite de mots tout droit sortis de mon esprit par un mauvais soir.)
- Regarde-moi, et souris ! - Catégorie sentimentale - Lu 147 fois - Moyenne des votes : 0.00 (Nombre de vote : 0)
La pluie tombait depuis un moment déjà. Depuis midi en réalité. Sous l’épaisse couche de nuages gris, le soleil se devinait à peine. La ville était plongée dans une quasi-pénombre oppressante. L’air restait assez chaud malgré quelques rafales de vents plus froides. Chaud, humide et ombré. C’était une journée comme elle les détestait. Ceux à qui elle le disait trouvaient ça étonnant. Elle avait demandé pourquoi.
- Ça te correspond assez, ce temps. Tes cheveux sont noirs, tes yeux brillent et ont une jolie couleur grise et, malgré ton apparence qui peut laisser penser que tu es une poupée froide, tu es chaleureuse.
- C’est faux ! s’était-elle exclamée, gênée.
- Non. Ce temps te reflète. Il est beau mais surprenant et insaisissable. Pourtant on ne peut s’empêcher de l’admirer…
Elle grimaça. Les jours de pluie lui semblaient fades. Un éclair zébra le ciel et la cloche retentit. Fin du cours, fin de la journée. Elle rangea lentement ses affaires.
- Louise ?
Elle se retourna, faisant virevolter sa chevelure d’ébène.
- Mariko, sourit-elle en voyant son amie à la peau caramel s’approcher.
- Tu fais quoi ? Tu rentres ?
Souvent, elle allait à la bibliothèque étudier ou lire des livres. Elle avait besoin de ces instants de solitude si elle ne voulait pas sombrer. Un nouvel éclair traversa les nuages.
- Hum, dit-elle en hochant la tête.
- Super ! s’écria Mariko, et quelques visage se tournèrent vers elles. On prend le bus ensemble alors ?
Louise acquiesça de nouveau. Elle regarda les arbres se courber légèrement sous le poids du vent. Elle plaça bien ses deux écharpes afin de couvrir tout son cou. Elle avait toujours été de consistance fragile. Les deux amies saluèrent les élèves encore présents dans la salle avant de sortir.
Dans le couloir, adossé contre un mur, son sac posé à ses pieds, un garçon attendait. Il avait enfoncé un bonnet blanc sur ses cheveux blonds aux reflets dorés. Lorsqu’il ouvrit les yeux et vit les deux filles, il attrapa ses affaires et s’en alla à toute vitesse, un air légèrement agacé sur le visage.
Louise tenta de le retenir mais sa main resta bloquée à mi-hauteur.
- A-Attends… murmura-t-elle, dans le vide.
Mariko regarda le garçon s’éloigner et fit une moue peinée.
- Viens, Louise, dit-elle en l’entraînant dans la direction opposée.
Il fallut un peu de temps à cette dernière pour reprendre un semblant de couleur. Elle marchait, tête baissée.
- Il me déteste, chuchota-t-elle, c’est certain. Jamais plus nous ne nous reparlerons.
La jolie métisse passa un bras par-dessus les épaules de son amie.
- Ne dis pas ça. Ça ira, d’accord ? Il avait dépassé les bornes, tu n’es pas en tort.
- Même… même si tu dis ça, ça ne change rien à la situation.
- Ecoute, arrête de t’en faire. Ce n’est qu’une passade !
- Ça fait deux semaines déjà…
- Il reviendra Louise, je sais qu’il reviendra. Pour le moment, laisse-le se sortir de ce faux pas tout seul, d’accord ?
- Pour le moment ?
- Les garçons sont dotés d’une fierté effarante. Nous sommes trop compliquées et ils sont trop fiers. Extérieurement du moins. On ne sait jamais ce qu’il se passe dans leur tête !
Louise esquissa un demi-sourire. Sortant leurs parapluies, elles s’engagèrent sous l'averse, dehors.
Elles arrivèrent à l’arrêt de bus peu de temps après.
- Ah ! Regarde-moi ce monde ! geignit Mariko.
En effet, l’abribus était rempli. Une dizaine de personne était contrainte de camper dehors, avec leur parapluie ou leur capuche comme seule défense. C’est ce que firent les deux jeunes filles. La circulation était bien plus que dense. Un véritable embouteillage faisait rouler les véhicules à une lenteur affolante. Cela rappela la fin du monde à Louise. Tout ces gens qui souhaitaient s’enfuir le plus vite possible afin de trouver un endroit sûr. Un endroit chaud où ils n’auraient plus à s’inquiéter de rien. Ces gens dont les enfants, ou les parents peut-être, étaient loin d’eux. L’instinct de protection des hommes ressurgissait seulement dans les situations les plus critiques.
Une bourrasque de vent vint coller ses cheveux sur sa tempe. La pluie ne faiblissait pas. Elles attendaient depuis maintenant dix minutes et aucun bus n’était encore arrivé.
Tous s’impatientaient.
- Louise ! Mariko !
Elles se tournèrent vers l’origine de l'appel. Un grand garçon aux cheveux bruns et dont les yeux marrons étaient séparés du monde environnant par une monture de lunettes fine, noire et carrée, s’approchait d’elles en souriant.
- Matt ! s’écria Mariko en lui faisant signe.
Louise n’ignorait pas que son amie était éperdument amoureuse de Matt. Lui aussi était au courant. Il faisait d’ailleurs tourner bien des têtes. Son calme et son intelligence ainsi que sa gentillesse et les quelques mystères qui l’entouraient contribuaient à son charme. Il était toujours prêt à aider et n’aimait pas parler de lui. Il était loin des stéréotypes du garçon à lunettes, intelligent et esseulé. Ses traits étaient fins et doux, et son corps était musclé par la natation.
Nouvel éclair. Mariko et Matt étaient plongés dans une conversation. Louise laissa son regard errer. Elle l’aperçut alors. Il traversait la route encore saturée de voitures. Il n’avait pas de parapluie, juste une fine capuche. Elle le regarda s’engager dans une petite rue, en face de l’arrêt de bus. Il allait rejoindre le centre-ville à pied.
- Ah ! Un bus arrive enfin, soupira Mariko en regardant le bout de la route.
Louise restait fixée sur le petit point noir qui s’éloignait d’elle, ne lui montrant que son dos.
« Je veux qu’il me sourit, pensa-t-elle. Je veux que l’on soit amis… Le sommes-nous encore ? »
- Louise ?
Elle se tourna vers son amie et leva vers elle des yeux embués.
- Pardon Mariko, murmura-t-elle avant de s’enfuir en courant.
Elle se faufila entre les voitures quasiment à l’arrêt.
- Louise ! entendit-elle.
Trop tard. Sa décision était prise. Elle s’élança vers la ruelle où il avait tourné, avançant sans s’arrêter, son parapluie penché devant elle, à la manière d’un bouclier. L’eau ruisselait sur son visage, se mêlant à ses larmes.
Enfin, elle l’aperçut. Il traversait une petite place, devant une église. Rassemblant l’air de ses poumons, elle lui hurla de l’attendre. Il se retourna, surpris. Ses yeux s’écarquillèrent quand il reconnut la jeune fille. Elle s’arrêta devant lui, haletante, et finit par parler.
- Je… je suis désolée. Je ne veux pas qu’on s’ignore comme ça. Je veux qu’on se parle encore. J’ai mes torts, tu as les tiens. Mais… Je veux que l’on reste amis ! souffla-t-elle en pleurant.
Il y eut un long silence puis :
- Idiote.
Elle ne releva pas la tête, blessée.
- Je peux te pardonner pour tout ce que tu as fais, continua-t-il, mais faire ça, c’est vraiment idiot. Tu es stupide.
Elle ne comprenait pas mais des sanglots l’assaillirent.
- Me gifler, je peux comprendre. Mais te mettre en danger pour t’excuser, c’est impardonnable.
Cette fois, elle releva la tête, ébahie.
- Il pleut et il y a du vent ! s'emporta-t-il. Tu veux vraiment tomber malade ? Tu sais que tu es fragile et la meilleure chose que tu trouves à faire, c’est de courir jusqu’à épuisement sous la pluie. Regarde ! Tes écharpes se sont détachées. Tu vas attraper froid. Tu es idiote.
Elle pleura. De soulagement.
- Je… je voulais m’excuser. Je voulais réparer ce que j’avais brisé.
- Tu n’as rien brisé du tout, dit-il en retirant son manteau et en l’enveloppant dedans. Il me fallait juste le temps de me pardonner moi-même de ma propre bêtise.
Il soupira puis s’approcha d’elle et la prit dans ses bras. Les jambes de la jeune fille fléchirent et il l’emmena s’asseoir sur les escaliers de l’église. Elle se blottit contre lui, en murmurant des excuses. Il posa sa main sur son front. Elle était brûlante. La vitesse à laquelle elle pouvait être malade était surprenante.
- J’ai froid, dit-elle en grelottant.
- Evidemment, grogna-t-il en la serrant un peu plus contre lui.
- On est amis ?
- Evidemment, répéta-t-il.
Elle soupira et se laissa aller contre lui, faisant abstraction de la pluie, du vent, du lieu, du temps. Gardant en mémoire seulement leurs battements de coeur. Leurs deux coeurs qui battaient si vite en cet instant...
- Le goût amer de l'amour - Catégorie sentimentale - Lu 115 fois - Moyenne des votes : 0.00 (Nombre de vote : 0)
Sa course effrénée l’a menée ici.. Elle est seule sur ce banc alors que des groupes d’amis, des couples, des familles passent devant elle sans réellement la voir, la vision floue dans leur propre bonheur. Un couple s’approche et elle le reconnaît. A ses bras, une magnifique créature est pendue. Ou l’inverse. Elle est tellement belle qu’Anna se demande lequel des deux est amoureux de l’autre.
Il la voit alors et hausse un sourcil.
- Qu’est-ce que tu fais là ?
Elle ne répond pas. Pas envie. En fait, si, elle en meurt d’envie. Mais elle ne doit pas. Elle doit être forte et ne plus s’effondrer à chaque mot qu’il souffle. A chaque mot qui naît sur ses lèvres.
Alors elle ne répond pas.
Alors il fait signe à sa compagne de l’attendre et s’approche de ce petit banc.
- Anna, ça te tuerais de dire quelque chose ?
- Dégage.
- Quoi ? s’écrie-t-il, étonné.
- Tu m’as bien comprise, va-t-en !
- Ecoute… Je veux juste t’aider Anna ! Même si on a jamais été vraiment proches, on se connaît depuis longtemps et…
- Je ne veux pas que tu m’aides ! hurle-t-elle. Je ne veux en aucun cas recevoir ton aide !
Il la regarde dans le blanc des yeux, en silence. Même si ça lui est douloureux, elle soutient son regard. C’est la première fois qu’elle dit autant de mensonges. Evidemment, elle ne souhaite que son aide. La sienne et celle de personne d’autre. Elle veut de lui pour panser les blessures de son cœur. Juste lui… Ne peut-il pas comprendre ? Lire entre les lignes ? Tout ce qu’elle a dit n’est que mensonges ! Elle aimerait tellement qu’il la prenne dans ses bras. Q’une fois, même une seule, elle puisse sentir pleinement son parfum au lieu de seulement en recevoir les faibles effluves que le vent lui apporte.
- Bien. Si c’est que tu veux. Je ne t’embêterais plus. Mais tu devrais sérieusement parler de tes soucis à quelqu’un. Je dis ça pour ton bien.
- Je consulterais, merci ! réplique-t-elle, acide.
Il la regarde encore et elle frissonne. Elle va craquer. Elle va pleurer. S’il continue à la fixer avec ces yeux. Ceux qui montrent qu’il s’inquiète réellement.
« Il a beau s’inquiéter, il ne s’inquiètera jamais comme moi je m’inquiète pour lui. Même s’il est parfois content de me voir, il ne le sera jamais comme moi je le suis quand je le vois. », pense-t-elle.
- On se voit au boulot alors. Passe une bonne après-midi.
Et il s’en va rejoindre sa compagne. Elle s’agrippe au bras tendu et salue Anna d’un signe de main ponctué d’un sourire. Elle a beau se répéter inlassablement qu’elle ne doit pas y penser, c’est plus fort qu’elle. Il y a tous les autres, le monde entier, et il y a lui. Pourquoi dit-elle toujours le contraire de ce qu’elle pense avec lui ? Faire ça au collège passe encore, mais là, elle est adulte.
Oui, c’est ça. Elle est adulte. Elle ne peut plus se permettre tout ça, toutes ces petites choses immatures. Elle doit trouver quelqu’un aussi. Pour construire une relation sérieuse. Elle ne sera peut-être pas la plus heureuse mais ce sera mieux que rien. Son cœur se serre à l’étouffer.
« Qu’est-ce que je raconte ? Je ne veux pas une vie de famille rangée. Je veux être heureuse ! »
Elle doit l’être. Elle doit l’oublier. Ou du moins, arrêter d’avoir tant de sentiments pour lui. Elle doit être forte et avancer. Anna se persuade qu’elle le sera. Elle se ratatine sur le banc et entoure ses genoux de ses bras. Elle relève doucement la tête vers le soleil. Une larme s’échappe d’un de ses yeux et brille avant de descendre le long de son visage.
Demain, elle sera forte. Aujourd’hui, elle a juste envie d’être malheureuse.
- Tranches de vie - Catégorie divers - Lu 116 fois - Moyenne des votes : 0.00 (Nombre de vote : 0)
" C'était arrivé un jour de pluie. Parce que je recherchais la solitude au milieu de tous ces gens. Être en leur compagnie me permettait de me sentir exclue et j'aimais ça. J'avais besoin de m'apitoyer sur mon sort, là, maintenant, tout de suite. Demain je sourirais, où ferait semblant, mais je sourirais. Je n'aurais plus cette déprime qui me collait au coeur et au corps. Elle s'était avancé avec un parapluie, l'air fier et je-m'en-foutiste. Elle appréciait sa vie, appréciait tout. Même les choses les plus pitoyables. Elle avait tendu le parapluie en avant et m'avait abrité. Les gouttelettes ruisselaient sur son visage mais elle souriait. D'un violent geste de main, j'avais envoyé valser l'objet. Si elle était mouillée, je le serais aussi. On aurait pu être sèches toutes les deux mais ce n'aurait pas été sincère. Immaculées de toute pluie, notre amitié aurait été fausse. Alors que si nous marchions sous des trombes d'eau, nous traverserions les difficultés ensembles. Et alors, souriant, nous avons fendu la foule de badauds et avons marché sous cette pluie qui finirait bien par s'arrêter un jour ou l'autre. "
" C'était parti d'un grand éclat de rire. Elle faisait partie des personnes dont on a le sentiment d'être proche dès le début. Je devinais que nous serions de grandes amies. C'était ainsi. J'avais d'ores et déjà envie de lui raconter ma vie, de lui raconter mes blagues, d'en apprendre plus sur elle. Je me retenais, tout de même. Mais en cet instant, j'étais heureuse. Je me sentais comme une héroïne fantastique qui serait capable de voir l'avenir. Je le lui avais dit et elle avait rit. Evidemment, il n'y avait que moi qui pensait des choses pareilles. Toujours était-il que je le savais. Je m'attacherais à elle et partagerait son quotidien. Je ne m'étais pas trompée. "
" - Un, deux, trois ! comptait-elle en sautillant.
Je la regardais, un sourire aux lèvres. Comment faire autrement ? Elle avait du caractère et pourtant tentait tant bien que mal de l'enfermer au fond d'elle-même pour éviter tout débordement. Cette persévérance dont elle faisait preuve me touchait au plus profond de moi-même. Après tout, qui étais-je ? Je vivais sans faire attention, n'en faisant qu'à ma tête, n'écoutant que moi. J'avais pensé qu'elle n'était qu'une enfant bruyante comme les autres. C'était faux. Elle s'était montrée calme et savait jouer toute seule. Elle était bien plus mature qu'elle ne pouvait y paraître. Elle était aussi à fleur de peau. Elle s'occupait toujours de mon bien-être alors que c'était moi qui était censée la protéger. Son rire résonnait dans ma tête et me donnait des frissons. J'avais, certes, atteint l'âge adulte mais elle m'apprenait bien plus que je ne l'aurais soupçonné.
Petite fille, un jour tu deviendras grande. Ne laisse personne se mettre en travers de ton chemin, ne laisse personne te faire trop de mal. Tu pourras pleurer sur mon épaule, tu pourras t'endormir dans mes bras. "
" C'était le genre de fille qui se laissait trop faire. C'était aussi le genre qui ne méritait pas de souffrir. Toujours enjouée, toujours serviable. Une personne en or, comme on en faisait plus. Le genre que l'on n'imagine pas autrement qu'avec un sourire sur les lèvres. Alors quand elle était triste, j'étais perdue. J'aurais fait tellement pour alléger ses peines. J'aurais voulu lui dire que j'étais là, et que tout finirait par passer. Que rien ne durait éternellement mises à part les bonnes choses. Ses larmes sécheraient. Plus ou moins rapidement mais elles sécheraient. Bientôt il n'en resterait plus que les sillons, leur goût salé disparaîtrait. Ses yeux ne seraient plus ternes et reprendraient leur couleur pétillante. Bientôt, elle oublierait tout et se moquerait d'elle-même, d'avoir eu ces moments de faiblesse. Et quand ça arrivera, je serais là, encore, pour la voir rire à nouveau. Le bonheur lui va si bien. "
" Je me promenais seule sur la jetée. L'eau semblait froide en contrebas. J'étais un peu perdue. J'étais laide avec mes cheveux ébourriffés, mes yeux cernés par la fatigue, mes membres tremblants de froid, mon coeur glacé. Quelqu'un s'est pourtant approché de moi, malgré mon allure repoussante. Il m'a couvert de son manteau et m'a pris la main. Sa paume était si chaude, si rassurante. J'avais l'impression que la mer s'était calmée, que les oiseaux ne criaient plus mais chantaient, que les nuages gris avaient laissé place à un soleil resplendissant. Parce que je voulais revoir encore ce soleil et ressentir encore cette sécurité, je l'ai suivi. Je l'ai suivi au bout du monde. Et tant pis si le bout du monde devait me mener à ma perte."
" Tu pourrais ne plus m'aimer. Tu pourrais ne plus me supporter. Tu pourrais dire les pires atrocités sur moi. Tu pourrais voler l'homme de ma vie. Tu pourrais m'insulter. Tu pourrais m'oublier. Tu pourrais me remplacer. Tu pourrais te dire que je suis conne. Tu pourrais me frapper. Tu pourrais me tuer. Tu pourrais faire ce que tu veux.
Parce que c'est toi, je ne dirais rien. Parce que c'est toi, je m'effacerais. Parce que c'est toi, je ne lutterais pas. Parce que c'est toi, je pardonnerais tout.
Jamais je n'oublierais quoique ce soit. Jamais. Je parlerais de toi à mes enfants parce que je veux qu'ils sachent qu'il existe des personnes formidables dans ce monde. "
" Ce sont les moments les plus sincères qui définissent les vrais sentiments. Ce sont les yeux qui pétillents et les rires qui se répercutent, ce sont les larmes qu'on a versé ensembles, ce sont les têtes posées sur les épaules, ce sont les « Merci » qu'on s'est chuchotés, ce sont les midis à la cantine, ce sont les fantasmes communs, ce sont les confidences échangées, ce sont les piques qu'on se lance, ce sont nos habitudes qui forgent notre Amitié. C'est le fait d'avoir une routine bien précise et pourtant si imprévisible ! C'est d'être nous et d'aimer être nous. "
" J'avais toujours voulu écrire une belle histoire. De celles où le héros se marie avec la princesse. De celles où tout finit bien. De celles que l'on envie. De celles qui nous font dire « Je veux que ça m'arrive !». Ces histoires qui font que l'on recherche un prince charmant, de celles qui nous font nous sentir tout drôle. De celles qui font battre notre coeur plus vite parce qu'on est pris dedans. J'aurais aimé écrire tout ça. Et alors que je menais une vie tranquille, elle est arrivée. Paf ! Comme ces évènements qui nous surprennent au début mais qu'on finit par apprécier. Elle était comme ça. Un vent de fraîcheur, de débilité, de rire. Jamais je n'aurais pensé que quelque chose prendrait autant de place dans ma vie. Elle était si petite et si facilement brisable. Si importante aussi ! Je ne voulais pas la perdre parce qu'elle était moi. Je la comprenais même si parfois je ne pouvais que la regarder pleurer. Même si parfois je ne pouvais que la regarder rire. Même si parfois je ne pouvais que l'écouter. Je payais ma dette en restant près d'elle. J'essayais de lui rembourser tout le bonheur qu'elle m'avait permis d'avoir. Ma vie était devenue impossible sans elle. Lorsque je m'en suis rendue compte, j'ai voulu écrire notre histoire. Certes, il n'y aurait pas de héros, de grands dangers et de princesse en détresse mais juste cette touche d'amitié qui à elle seule semblait plus importante que le soleil, le ciel et les nuages. Je voulais écrire notre histoire. "
" J’ai peur. J’ai peur de te perdre. Je ne sais pas, c’est maladif. Chaque fois que tu es loin, chaque fois que tu t’en vas, j’ai le cœur qui se serre. J’me dis chaque fois « il reviendra pas » alors je pleure, je pleure. Jusqu’à ton retour. Là, tu vois, je fais comme si rien ne s’était passé, comme si le temps avait filé après ton départ. Si vite que je ne l’ai pas vu. Mais c’est faux. Chaque minute, je me demandais ce que tu faisais. Chaque seconde, avec qui t’étais. Est-ce que tu m’as oublié pendant ce temps ? J’ai peur qu’un jour tu décides de ne pas rentrer. Que tu décides de prendre des affaires et de me laisser. Je n’y survivrais pas, tu sais. Je serais comme une loque. Je mourrais de faim, je pleurerais tous les jours. J’aurais ton visage devant moi à chaque instant. J’aimerais te dire tout ça et être sûre que tu me reviennes toujours, que tu m’appartiennes toujours. Mais je ne peux pas. Je n’en ai pas le droit. Je ne peux qu’espérer à chacune de tes absences. Sourire faussement lorsque tu rentres et souhaiter qu’il en soit toujours ainsi. "
- Au balcon - Catégorie sentimentale - Lu 167 fois - Moyenne des votes : 0.00 (Nombre de vote : 0)
Je sors prendre l’air. La fête bat son plein et la pièce est devenue incroyablement étouffante. Dehors, les températures sont bien plus fraîches et me soulagent. Je soupire d’aise et m’assois sur le balcon tout en évitant de regarder vers le bas, vertige oblige. La porte coulisse à nouveau. Je tourne la tête et voit le Roi du lycée s’approcher. Je laisse échapper un grognement.
- Ce n’est pas très féminin, me reproche-t-il en s’accoudant.
Il n’attend pas de réponse de ma part et allume sa cigarette. Il en tire une longue bouffée avant de regarder la fumée s’envoler. La même scène se répète cinq, six fois mais nous restons silencieux. Néanmoins je commence à me sentir mal à l’aise.
- Dépêche-toi de finir ta clope et retourne à l’intérieur, je lâche.
- Pourquoi ?
- Allons, toutes ces filles qui portent des vêtements courts ne t’attirent donc pas ?
- Tu n’es pas chaudement vêtue toi non plus, remarque-t-il platement.
Je sens la colère me gagner. J’ai enfilé une robe blanche, toute simple, avec des chaussures à talons noirs. Il est vrai qu’elle n’est pas très longue mais ce n’est pas provoquant pour autant !
- Ce n’était pas un reproche, précise-t-il entre deux bouffées. Ça te va bien.
Je pique un fard et soupire bruyamment, promenant mon regard vers la ville qui s’étend en-dessous de nous.
- En général, on dit merci.
- Crève.
- Franchement… soupire-t-il. Essaye d’être une fille un jour, ça te changera.
- Je suis une fille ! Garde tes précieux conseils pour ceux qui en ont vraiment besoin !
- J’essaye de t’aider, se défend-t-il calmement.
- Tu veux que je t’aide moi ? Arrête d’être aussi arrogant ! Tu es loin d’être ce que tu prétends ! Tu fais bonne figure, tu joues un rôle, c’est tout.
Un silence s’installe. Et merde, j’ai perdu mon sang-froid.
- Qu’est-ce que j’aurais à y gagner ?
- Tu… Tu te sentiras mieux !
- Oh ! Vraiment ? Mais encore ?
- Tu m’énerves.
- Non, non. Je t’écoute !
- Tu m’énerves réellement là.
Il laisse échapper un petit rire avant d’écraser son mégot dans le cendrier de la table. Il revient s’accouder et se tourne vers moi, une main sous le menton. Ses yeux bleus ne me quittent pas. Je fixe le sol, me gratte la tête, mordille mes lèvres. En un mot comme en cent, je suis gênée !
- Arrête de me regarder, dis-je un peu brusquement.
- Alors arrête de toucher à tes lèvres.
- Quoi ?!
Il esquisse un sourire énigmatique et se rapproche. Il plaque une main de chaque côté de mes jambes et se place devant moi, m’empêchant toute fuite. Ah oui ! C’était malin de s’asseoir sur le rebord ! Vraiment, félicitations ! Rappelez-moi d’aller me pendre un jour. Malgré tout, je m’efforce de ne pas le regarder.
- Tu… Tu peux rentrer, s’il te plaît. Ton petit jeu est totalement idiot et…
- Mon petit jeu ? répète-t-il. Quel petit jeu ?
- Celui que tu es en train de jouer.
Il se contente de me sourire. Il dépose lentement ses mains sur mes hanches et mon cœur loupe un battement.
- Si tes admiratrices te voient, elles vont t’en vouloir.
- Et ?
- Et ? je m’étrangle. Ce n’est pas toi qui vis pour être admiré ?
- Pas vraiment…
Il se rapproche encore bien que j’aurais pensé qu’il ne puisse plus le faire. J’ose enfin le regarder dans les yeux. Mauvaise idée ! Je sens son souffle sur mon cou et je frissonne. Ses lèvres effleurent alors ma peau. Plusieurs fois, sans jamais vraiment la toucher.
- Arrête…
Mon murmure n’est pas très convaincant et ne réussit qu’à lui arracher un demi-rire. Il remonte ses mains et emprisonne mon visage entre ses grandes paumes chaudes. Forcément, là, tout de suite, je comprends pourquoi elles craquent toutes pour lui. Son visage s’approche et il finit par m’embrasser. Jamais mon cœur n’a battu si fort. Jamais il ne m’a autant donné l’impression de vouloir sortir de ma poitrine. L’instant paraît presque trop beau. Assise sur un balcon, une fête et une nuit étoilée en arrière-plan, un garçon qui a le physique d’un mannequin, son odeur douce, ses lèvres sur les miennes, la légère odeur de cigarette qui l’enveloppe. Tout cela me semble trop irréel. Comme brûlée, je le repousse.
- Dé… déso… Je…
Les mots me manquent. Ce n’était pas mon imagination, n’est-ce pas ? Il me regarde un instant avant d’ouvrir la porte, un sourire en coin.
- Ah ! souffle-t-il. C’est moi qui m’excuse. Mon petit jeu est terminé, je rentre. Tu devrais faire pareil ou tu vas attraper froid.
J’ouvre la bouche mais rien n’en sort. Juste deux petites larmes roulent sur mes joues.
Connard.
- Combat de rue - Catégorie fantastique - Lu 213 fois - Moyenne des votes : 0.00 (Nombre de vote : 0)
Il pleut. La dernière fois qu’il a plu autant, j’avais onze ans. Avec ma naïveté, j’avais cru à la fin du monde. Je pensais que nous allions tous périr à cause des flots. Aujourd’hui, j’ai quinze ans et je sais que c’est seulement le temps qui est capricieux. La vie l’est aussi, capricieuse. La pluie tombe sans interruption, formant un véritable rideau compact et mouvant. Ma visibilité se limite à trois mètres à peine devant moi. D’une main je tiens mon parapluie noir, l’autre repose serrée en poing dans ma poche. Le niveau de l’eau sur le trottoir monte et menace de lécher le haut des semelles de mes baskets et l’ourlet de mon jean. Mes narines me piquent soudain et mon palais me gratte. Il n’est pas loin. Je retire ma main de mon manteau.
Je me concentre et une épée apparaît dans ma paume. Le contact me rassure et me calme. Je me prépare mentalement au combat qui va suivre. Je reste immobile, sachant mon ennemi dissimulé dans l’ombre. Faisant abstraction du bruit de l’averse, je me concentre sur le reste. Je perçois clairement ma respiration ainsi que les battements de mon cœur. Petit à petit, j’en entends une autre. Lente et rauque. Il est tout proche, je le sais. C’est un souffle de bête désincarnée, folle et sanguinaire.
Je fronce les sourcils et ferme les yeux. En me concentrant, je peux deviner où il se trouve et porter ainsi le premier coup. Touché d’abord, j’ai plus de chances de le vaincre. Un frisson me parcourt l’échine et j’ai la nausée. Je rouvre brusquement les yeux. Là, devant moi, se tient le Démonen.
Ses prunelles jaunes me fixent. J’ai le malheur de soutenir son regard et me retrouve paralysée. Merde ! Le monstre ouvre sa gueule béante et affreuse. Ses lèvres suintent de pus, sa langue est pointue et couverte de cloques, et ses dents ressemblent aux remparts d’un château fort. Il dégage une forte odeur d’œuf pourri mélangé aux égouts. Ses yeux paraissent s’agrandirent et vouloir sortir de leurs orbites. Sa langue fouette l’air. Il me regarde avec la satisfaction perverse de me savoir à sa merci. Une légère décharge électrique me secoue. Je lève mon épée juste à temps pour parer le coup de griffes sales et acérées qu’il allait me porter. Je force un peu et m’éloigne. Du sang coule sur ma lame et je m’aperçois que je lui ai coupé un doigt. Le Démonen hurle et fait volte-face. Il se tient à quatre pattes. Son corps est frêle mais cache une force exceptionnelle. Rugissant, il me charge. J’esquive ses attaques, m’abstenant de le regarder dans les yeux. Un coup d’épée s’enfonce dans son épaule. Il hurle. Fou de douleur, il se met à tourner sur lui-même. Je ne peux me résoudre à lâcher mon arme, c’est trop risqué. Il pourrait s’enfuir avec ou m’attaquer de nouveau et je mourrais. Pour ces raisons, je sers le pommeau le plus fort possible dans mes mains. Je tourne donc avec lui, atterrissant plusieurs fois sur les épines qui ornent son dos. Je ne peux retenir quelques plaintes étouffées par les bruits de la bête qui souffre le martyr. Profitant d’une seconde d’accalmie, je retire l’épée de son épaule, arrachant quelques lambeaux de chair au passage. N’attendant pas, je lui enfonce la pointe dans l’œil droit.
Le monstre rugit. J’appuie encore plus sur l’épée et la tourne. Immobilisé, le Démonen ne peut qu’avoir mal. Leurs yeux sont leur point faible. Arme redoutable mais peu protégée. Je ramène la lame vers moi et attaque son autre pupille. Comme pour l’autre, j’appuie et la tourne encore et encore. Je n’aurais pas pensé que le monstre puisse crier plus fort qu’auparavant. Je résiste à l’envie de me boucher les oreilles et continue mon œuvre. Le sang chaud de la bête s’écoule de son orbite et glisse le long de mon épée, jusqu’à mes poignets. D’un geste sec, je retire mon épée et finis par la planter dans son cœur. Un glapissement terrifiant s’échappe de sa gorge et résonne dans mes oreilles. Le souffle court, je transperce plusieurs fois sa poitrine. Malgré mon envie de m’enfuir en courant, je le tue sans ciller. Le Démonen finit par s’écrouler à terre.
Je sors mon arme de son torse et l’essuie sur le dos de la bête morte. Fouillant dans mes poches, je trouve un mouchoir. Je le prends et nettoie consciencieusement ma lame. Puis, me concentrant, je la fais disparaître. Mes jambes tremblent et mes deux genoux heurtent le sol. La pluie ne s’est pas arrêtée. Elle s’est à peine calmée. J’entends des pas. Je ne relève pas la tête.
- Pas mal, Nina. Tu progresses.
J’ai envie de lui dire de se taire mais je n’en ai plus la force. Mes bras sont secoués de spasmes qui se répandent jusqu’à mes mains. J’avale ma salive et lui trouve un arrière-goût amer. Les odeurs malodorantes du monstre reviennent à mes narines et soulèvent mon estomac. J’ai le temps de me lever et de m’écarter du cadavre de quatre pas avant de me courber en deux pour vomir.
- Allons, allons. Tu vas bien ?
Je ne réponds pas. Wilhem s’approche de moi et me tapote le dos. Je me redresse et ma tête me tourne. Je colle mon dos contre un mur de la rue et résiste à l’envie de me laisser tomber à terre. Wilhem est penché au-dessus de moi, la mine inquiète. Enfin, inquiète est un bien grand mot. Ses sourcils se rejoignent en un seul trait et ses yeux ont rétrécis. Signe que quelque chose le chiffonne. J’ai beau savoir que c’est un exilé de l’Enfer qui m’a (quasiment) fait signer un pacte avec lui sans mon consentement, je ne peux m’empêcher de rougir lorsqu’il est trop proche. Si la plupart des gens ressemblent à des chiens mouillés sur la pluie, lui reste beau. Ses cheveux bruns sont collés en franges éparses sur son front et son visage est couvert de gouttes comme si chaque pore de sa peau pleurait la perte de quelque chose de précieux. Il pose une main tiède sur ma joue et marmonne quelque chose. Je me sens bien mieux après. Il sort un briquet et un paquet de cigarettes de sa poche puis s’en allume une.
- Ce doit être la seule raison qui me fait aimer l’Enfer, me dit-il en soufflant un rond de fumée. Pouvoir s’allumer une clope même sous une pluie battante, c’est le pied !
Une esquisse de sourire naît sur mes lèvres. Wilhem tourne la tête vers la bête sans vie.
- J’ai faim, lâche-t-il.
Je grimace. Aussi humain qu’il en ait l’air, il ne l’est pas du tout. Ce séduisant jeune homme, sur qui la moitié de la population féminine se retourne dans la rue, se nourrit principalement de Démonen. Rien que l’évocation de son repas me soulève le cœur.
- J’imagine que tu ne veux pas voir le spectacle ?
- Non, ça ira.
Je me relève et fais quelques pas en titubant. Je ramasse mon parapluie abandonné au début du combat et m’éloigne vers mon appartement. Je me retourne, la curiosité prenant plus d’importance que la répugnance. Je suis surprise de voir Wilhem debout, immobile dans la nuit et sous le déluge, me regardant et m’offrant un sourire. Je me surprends à rougir et me détourne. Je ne tenterais plus de regarder. Je ne préfère pas le voir autrement qu’en humain. Je crois que lui non plus ne tient pas à ce que j’assiste à la scène. J’avance, le corps engourdi. Reste dans ma tête l’image furtive d’un Wilhem passer une langue gourmande sur ses lèvres avant de se tourner vers le cadavre.