Je marche, je marche, le long des chemins de Sicile, avec leurs brûlants cailloux, le soleil encore bouillant qui caresse les mers de l’éternité. Je marche, et tu n’es plus là. Et je reste ici, muette comme une pierre tombale, portant le deuil d’une pauvre veuve, veuve de cœur qui n’en peut plus de cette trahison. Tu es bien loin Don Juan, bien trop loin de moi. Peut-être as-tu trouvé un doux sommeil sous un olivier, contre son tronc encore tiède, ou bien cours-tu encore derrière de nouveaux appas pleins de beauté. Oh Don Juan, à quoi joues-tu ?
Je suis Elvire, et je marche, dans le silence, l’obscurité naissante prend mon cœur en otage, un cœur arraché, oh mon dieu qu’à tu fais Don Juan... Et je continue à espérer, en secret, la nuit, attendant ce baiser, qui ne viendra jamais. J’ai pensé avec naïveté que tu reviendrais et j’ai laissé coulé trop d’émois.
Oh mon amour, j’ai pensé, avec naïveté, que la pureté de nos sentiments n’était point songes, que le bonheur était là, face à moi, et non une illusion qui cisaille mes pensées. Don Juan, rends-moi donc mon cœur que ton corps a rejeté, rends-le, s’il te plait, je me mettrai –encore une fois- à tes genoux s’il le faut. Au nom de la passion, libère cette âme enchaînée à tes lèvres.
Je ne suis qu'un corps. Dépourvue de tout, dépourvue de toi. Je ne suis qu'une âme, libre, vagabond de la Nuit, voyou entre les cages de mes émotions. Sentiments qui me rendent fou. À sangloter sur de jolies choses passées. Je suis l'amertume et ta mélancolie. Je suis un vague souvenir, flou en toi. Mais qui suis-je ? Jouons, comme si de rien n'était, tu as arraché la page, celle que moi j'ai dû mal à tourner, le papier fuit mes doigts. Je ne comprends pas. Même la vérité est virtuelle. Ce poison que je m'injecte en moi, en m'évadant par-delà mes songes. À vivre la nuit et sommeiller le jour. La vérité est faite pour être caché, la vérité n'est pas faite pour moi. Je confonds les illusions et le vrai. Je déteste tout ce qui est réel. Je hais tout ce qui ne sonne pas avec Rêve en fait. Mais je veux vivre, concrètement le Bonheur.
Et mes sanglots ont effacé mon bonheur, celui que toi – grand seigneur méchant homme – gaspille avec avarice. Je m’explose le cœur, cela t’est égal, le tien reste dans sa boîte à malice. Mais quand compte-tu l’exposer aux rayons fiévreux du soleil ? Ton pauvre membre desséché se meurt à petit feu, à vrai dire, il ne bat pas pour grande chose, il crie la passion qu’il voudrait, celle qu’il ne sentira jamais couler entre ses artères mais tu préfères le tenir à l’écart, dissimulé au fond de ta cage thoracique. Il ne sera jamais aussi pompeux et vermeil que le mien. Et ton cœur s’éteindra de jalousie, lui qui rêvait de gros chagrins, de ceux qui caractérisent
Et j’accuse Molière, qui n’a pas su, avec ses quelques vers, te rappeler. Et j’ai avalé le poison, pour en être infectée dans les moindres détails.
À toi Don Juan, mon assassin.
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