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Délivrance mortelle - Genre : triste - Lue(s) 161 fois - Ajouter à mes favoris

Elle était là. Face à moi. Sans pitié, sans compassion. Elle obsédait mes yeux, troublait mon esprit, serrait mon myocarde déjà trop écorché. Elle était posée nonchalamment sur mon bureau, sur le tas de feuilles que j'avais remplis de mots. Des mots pour l'exorcisme de mes maux. Elle ne demandait rien à personne, elle se fichait de tout. Le mal, le bien, elle ne connaissait pas. Mais elle est était plus apte à faire le mal. Elle était abimée et souillée. La couleur rouge écarlate cachait sa couleur initiale. Elle était là. Face à moi. Cette lame. Celle qui depuis des mois m'aidait sans le faire vraiment. Celle qui depuis des mois faisait mal à mes proches. Bien plus qu'à moi. Cette lame qui avait été la motivation de mes nuits blanches colorées par le rouge. Cette lame qui avait été la pseudo solution à mes tourments.

Son image provoquait en moi une frénésie incontrôlable. Il fallait que je m'empare d'elle. Il fallait que je la tienne, que je la fasse mienne. Qu'elle ait son emprise sur moi, qu'elle ait le dessus sur mon esprit, qu'elle souille ce corps. Ce corps destitué d'âme depuis déjà trop de temps. Je la tenais dans ma main, à présent. Elle était si fine, si légère, et pourtant, elle portait tout mon poids. Tout le poids de mes tristes années, de mes blessures. Elle portait les marques de toutes ces coupures sur mon bras. Elle contenait tous mes secrets. Elle était la clef de cet enfer dans lequel je m'enfonçais un peu plus chaque jour. Un enfer qui m'apporterait un jour le paradis. La délivrance. Le secours.

Doucement, je la fais glisser sur ma peau déjà bien trop usée. Une fois. Deux fois. Trois fois. Puis la douleur aigue, criarde, mais si apaisante. Toute ma haine se trouve en ce point précis, en cette douleur lancinante et brûlante qui reflète mes pires maux. Ecorchée vive. Au sens propre du terme. Témoignage de mes espoirs ligaturés. De mes joies circoncises. De mon bonheur calciné. De ce souvenir trop présent qui me hante et qui m'ôte la vie. Chaque souffle est un supplice. Mon cœur se démantèle. Chaque jour en plus le resserre. J'attends l'implosion. Celle qui me conduirait à ses côtés.

La porte s'ouvre. Elle entre. Elle se pose à côté de moi, m'observe. S'empare de ma lame. Me la confisque, une nouvelle fois. Tout en sachant que je recommencerais. Elle s'en va, dans son mutisme d'impuissance, les yeux dans le vide, les bras ballants. Elle claque la porte, preuve de son affliction. Mes larmes perlent le long de mes joues creuses. Je lui fais mal. Tous les jours. Je la désillusionne. Je la désarme, lui ôte tout le pouvoir qu'une mère peut avoir sur son enfant. Je la blesse. Je la contamine de mes blessures. Je lui transmets mon vague à l'âme. Je me hais. Toujours plus au fil du temps. Parce que je la détruis en même temps que moi.

Je ne supporte plus ce fardeau que je traîne. Je ne supporte plus de la voir partir avec moi. Je ne supporte plus le poids des jours. Je hais. Le soleil, les nuages, les miroirs, les éclats de rire. Tout. Je marche frénétiquement. Sans bruit. Je vais dans la salle de bain. Je ferme la porte à clef derrière moi. J'ouvre les robinets, fait couler de l'eau bien chaude dans la baignoire. Je sais que la chaleur apaise. Anesthésie. J'enlève mes vêtements trop grands. Je dépose une lame toute neuve sur l'email du bain. La lame. Celle que j'ai choisie avec précaution depuis longtemps. Celle que j'ai prévue. Fine et aiguisée, légère et tranchante. Je plonge mes jambes dans l'eau brûlante. Je m'assois. Je fais défiler une dernière fois ton souvenir, écoute une dernière fois ta mélodie. Puis j'entame ma destruction. Les bras tendus. Avec motivation et détermination. La lame se fait faucheuse. L'eau si claire devient écarlate. J'attends que mes veines se vident, en silence, sereine. Je n'ai pas mal. Mon myocarde sait que tout va aller pour le mieux. Je fixe le plafond. Un voile se dépose sur mes yeux. Ma respiration se saccade. Je souris. La délivrance.

Le 30/06/2009 à 11:58:11 par : Luune

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Commentaires (4)
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Posté le 30/06/2009 à 15:51:23 par marchombre


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Comme je te l'ai déjà dit sur ton blog, j'adore ce texte! il est magnifiquement tragique, les sentiments, le charactère obsedant de la lame, la délivrance par la douleur, tout transparait!
J'adore!


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Posté le 30/06/2009 à 16:05:55 par Luune


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Encore une fois, merci, gentille filleule ;)


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Posté le 02/07/2009 à 1:44:34 par theptitelolo


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La personnification est très bien réussie ! Premièrement elle laisse imaginative puisque tu annonces l'objet au bout de 4lignes , deuxièmement elle intrigue et enfin elle fait naitre l'angoisse ! Tellement de chose grâce à une figure de style bravo ^^

Dans le début du deuxième paragraphe l'accumulation de " que " et "qu'elle" alourdit beaucoup ce passage.
Dans le quatrième et cinquième c'est la répétition des "je" ^^

Le troisième paragraphe est tout simplement superbe , les mots sont parfaits et décrivent avec exactitude l'action puis les sentiments.


J'ai apprécié le fait que toutes tes phrases s'emboitent les unes aux autres jusqu'à "la délivrance " , de plus tu as su utiliser un très bon vocabulaire aux bons endroits.

Au plaisir de te relire :-)


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Posté le 02/07/2009 à 8:58:31 par Luune


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Un tel commentaire ne pouvait pas me faire plus plaisir !
Merci :')


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