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Romane - Genre : autobiographie - Lue(s) 250 fois - Ajouter à mes favoris

†. R O M A N E .†



Aujourd'hui, Romane, Emma a acheté une grande carte. Elle a collé quatre de tes photos, là où tu es la plus belle, et des coeurs roses, blancs, rouges. Elle a réussi à accrocher une grande plume blanche, je ne sais pas comment elle a fait. Ton nom s'étalait en grand à l'intérieur, chacune des lettres de ton prénom traçait un mot: Robe, Originale, Majestueuse, Ange, Naturelle, Eternelle. On a tous signé, marqué des petites phrases. Nos autres phrases, celles de la feuille de Louise, vont être lues à haute voix demain. France, Adélaïde et Pauline vont faire quelque chose à part, bien sur. Personne ne voulait nous faire cours, on a quand même passé notre bac blanc. Avec Solène, on a parlé de ce qu'il y avait après, après le vide et le noir, le noir qui nous fait peur.

Hier, Romane, le proviseur nous a tous réunit. Il faisait beau, le prof de sport nous a laissé dans la cour pour qu'on parle. Ils nous ont servis du thé et du café. Je ne mangeais que le sucre. Au cours de théâtre, Camille était effondrée, on a tous discutés. On a apprit que Barbara était réveillée. J'avais très mal au crâne, mais je pensais à ton petit frère, je pensais à ta mère et à tes amies, et je ne pleurais plus. J'avais honte de savoir que jamais je ne souffrirais comme eux. Et pourtant.

Dimanche soir, Romane, Solène m'a appelé quand je sortais de ma douche. Je pensais qu'elle avait besoin d'aide, pour le français, les révisions. Quand elle m'a demandé si j'étais au courant, j'ai encore pensé à des histoires débiles de couples, de nouveautés, à nos petits drames et nos petites joies. Quand elle a prononcé ton nom, j'ai pensé à ton sourire, à ton fou rire. Puis elle a dit les trois mots qui, je le sais, lui restaient en travers de la gorge. Elle est morte, a-t-elle dit, elle est morte. Et morte, Romane, c'était tellement l'opposé de toi, que je ne l'ai pas cru. Non, je ne l'ai pas cru.


Ce soir là, Romane, tu pensais comme tant d'autres que ce n'était qu'aujourd'hui, qu'il n'y avait pas de mal. Tu ne voulais pas te faire disputer, c'est pour ça que vous avez tous préférés monter avec cet homme que vous ne connaissiez pas. Ce soir là, Romane, tu n'as pas souffert, et j'espère que tu n'as même pas vu l'arbre se rapprocher de vous. J'espère qu'à l'arrière, tu riais pour une dernière fois avec Barbara, Alex, Etienne, et que tu n'as pas vu la mort arriver.


Il y a des vies qui s'éteignent, tous les jours. On a tous répétés comment ça s'était passé, on a tous mit des si à l'histoire, pour que tu ne montes pas dans cette voiture, pour que le conducteur ne soit pas bourré, pour que la voiture ait évité l'arbre, pour que tu sois encore en vie. Mais à quoi bon parler, en reparler de tout ça? On ne peut rien faire, et toutes nos larmes sont inutiles. C'est aujourd'hui, Romane, en pensant à ce que je voudrais pouvoir dire à ton enterrement, que j'ai réalisé que je n'avais pas les mots. Mes histoires, mes pauvres morts et tristesses étaient floues, vides, parce que je ne savais rien de la souffrance. Je croyais pouvoir l'écrire, mais c'est aujourd'hui, Romane, que j'ai compris que tu n'étais plus là.

J'ai compris que si Romane est morte, elle ne peut plus sourire.


Sur cette carte, Romane, Louise a écrit quelque chose:

" Je vis, je meurs; je me brûle et me noie "

J'ai appris que c'était cette phrase qui se cachait dans ton pendentif, celui de toujours, celui qui s'est cassé lors de l'accident, celui que personne n'a retrouvé. Tu l'emportes avec toi, Romane, et tous nos mots avec. Et demain, nous serons plus près de toi que nous ne l'avons jamais été, puisque ce sera le jour où tu nous quittera pour de bon. Je ne sais pas où tu vas, Romane: malgré mes putain de théories, je ne sais pas. Mais je n'ai pas peur, car peu importe ce que tu vas voir, je sais que tu seras heureuse. Et que, de là où tu nous attendras, tu entendras nos paroles. Tu resteras en nous, à jamais.



Quand à mon tour je rirais pour la dernière fois, je sais que je verrais ton visage. Ce jour-là, je cesserais de souffrir.







(Voilà. L'année se termine, chacun de nous rentre chez lui après le dernier conseil de classe. Comment retourner au soleil, à la vie, aux heures de baignades avant les examens, qu'on ne révise pas, que tu n'aurais pas révisé? Comment retourner à la joie, ou même au travail, à tout le reste, à tout ce qui n'est pas toi? Je suis passée hier devant l'église, riant avec les autres, nous revenions de la plage: tout m'est revenu, et je n'ai plus pu sourire. Il le faut bien, pourtant. Romane, pardonne nos futilités, car c'est tout ce qu'il nous reste, après ton départ. Je veux laisser de toi une marque indélébile, partout où j'irais, partout où je me cache sous les pseudo, partout où j'écris, où j'existe. Ici, ailleurs. Tu vibres à travers moi, et je te veux dans chacun de mes mots, puisqu'on m'a privée de ton sourire éternel.)
(Je t'ai aimé, Romane, et aime encore ton fantôme)
Le 12/06/2009 à 14:00:19 par : Link - Découvrez aussi - Où la feuille est blanche - écrit par le même auteur

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Commentaires (4)
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Posté le 17/06/2009 à 22:08:23 par theptitelolo


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Je trouve bien peu de mots après ce texte très émouvant
Tes mots sont très justes , tous au bon endroit pour faire naitre l'émotion de tristesse.
Superbe



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Posté le 18/06/2009 à 9:47:09 par Crazy


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Effectivement, c'est très beau et sonne très juste.

Mais parce que ce site est quand même là pour aider les auteurs à s'améliorer, je vais quand même faire quelques remarques ^^

D'une part, une relecture (supplémentaire ?) serait la bienvenue, il y a des fautes de grammaire (des fautes d'accord, notamment) qui traînent. D'autre part le début est un peu maladroit (par exemple, je n'aime pas le "Aujourd'hui, Romane, Emma...", un "Aujourd'hui, Romane, nous avons acheté (...) Emma a collé..." est plus fluide, je pense). Evidemment, comme il s'agit d'un fait réel, tu as moins de marge de manoeuvre :(

En tout cas, je t'encourage à continuer :)

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Posté le 18/06/2009 à 11:45:52 par Link


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Merci beaucoup pour ce compliment! Savoir qu'on est lue et comprise est toujours un plaisir. =)


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Posté le 15/07/2009 à 21:27:11 par cocodile


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Il est toujours difficile de transcrire la douleur avec sincérité...de lui conserver sa vérité...tout en évitant le sentimentalisme bon marché, le pathétique ou même le ridicule. Je crois que tu y es assez bien parvenue...et ce n'est pas rien!

Ta jeunesse te persuade de l'éternité des sentiments, même si tu sens déjà, confusément, que la vie, le quotidien, viendront inéluctablement estomper les images et les voix que tu aimais...
Milan Kundera, comme nous tous (mais avec quel talent!), se révoltait face à cette "insoutenable légèreté de l'être" qui nous pousse à vivre malgré tout, malgré nous, dans un monde peuplé d'absents sans lesquels nous pensions ne pas pouvoir vivre!
Chaque génération redécouvre, cruellement, cette vérité sordide...mais nécessaire.


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