
Je sors prendre l’air. La fête bat son plein et la pièce est devenue incroyablement étouffante. Dehors, les températures sont bien plus fraîches et me soulagent. Je soupire d’aise et m’assois sur le balcon tout en évitant de regarder vers le bas, vertige oblige. La porte coulisse à nouveau. Je tourne la tête et voit le Roi du lycée s’approcher. Je laisse échapper un grognement.
- Ce n’est pas très féminin, me reproche-t-il en s’accoudant.
Il n’attend pas de réponse de ma part et allume sa cigarette. Il en tire une longue bouffée avant de regarder la fumée s’envoler. La même scène se répète cinq, six fois mais nous restons silencieux. Néanmoins je commence à me sentir mal à l’aise.
- Dépêche-toi de finir ta clope et retourne à l’intérieur, je lâche.
- Pourquoi ?
- Allons, toutes ces filles qui portent des vêtements courts ne t’attirent donc pas ?
- Tu n’es pas chaudement vêtue toi non plus, remarque-t-il platement.
Je sens la colère me gagner. J’ai enfilé une robe blanche, toute simple, avec des chaussures à talons noirs. Il est vrai qu’elle n’est pas très longue mais ce n’est pas provoquant pour autant !
- Ce n’était pas un reproche, précise-t-il entre deux bouffées. Ça te va bien.
Je pique un fard et soupire bruyamment, promenant mon regard vers la ville qui s’étend en-dessous de nous.
- En général, on dit merci.
- Crève.
- Franchement… soupire-t-il. Essaye d’être une fille un jour, ça te changera.
- Je suis une fille ! Garde tes précieux conseils pour ceux qui en ont vraiment besoin !
- J’essaye de t’aider, se défend-t-il calmement.
- Tu veux que je t’aide moi ? Arrête d’être aussi arrogant ! Tu es loin d’être ce que tu prétends ! Tu fais bonne figure, tu joues un rôle, c’est tout.
Un silence s’installe. Et merde, j’ai perdu mon sang-froid.
- Qu’est-ce que j’aurais à y gagner ?
- Tu… Tu te sentiras mieux !
- Oh ! Vraiment ? Mais encore ?
- Tu m’énerves.
- Non, non. Je t’écoute !
- Tu m’énerves réellement là.
Il laisse échapper un petit rire avant d’écraser son mégot dans le cendrier de la table. Il revient s’accouder et se tourne vers moi, une main sous le menton. Ses yeux bleus ne me quittent pas. Je fixe le sol, me gratte la tête, mordille mes lèvres. En un mot comme en cent, je suis gênée !
- Arrête de me regarder, dis-je un peu brusquement.
- Alors arrête de toucher à tes lèvres.
- Quoi ?!
Il esquisse un sourire énigmatique et se rapproche. Il plaque une main de chaque côté de mes jambes et se place devant moi, m’empêchant toute fuite. Ah oui ! C’était malin de s’asseoir sur le rebord ! Vraiment, félicitations ! Rappelez-moi d’aller me pendre un jour. Malgré tout, je m’efforce de ne pas le regarder.
- Tu… Tu peux rentrer, s’il te plaît. Ton petit jeu est totalement idiot et…
- Mon petit jeu ? répète-t-il. Quel petit jeu ?
- Celui que tu es en train de jouer.
Il se contente de me sourire. Il dépose lentement ses mains sur mes hanches et mon cœur loupe un battement.
- Si tes admiratrices te voient, elles vont t’en vouloir.
- Et ?
- Et ? je m’étrangle. Ce n’est pas toi qui vis pour être admiré ?
- Pas vraiment…
Il se rapproche encore bien que j’aurais pensé qu’il ne puisse plus le faire. J’ose enfin le regarder dans les yeux. Mauvaise idée ! Je sens son souffle sur mon cou et je frissonne. Ses lèvres effleurent alors ma peau. Plusieurs fois, sans jamais vraiment la toucher.
- Arrête…
Mon murmure n’est pas très convaincant et ne réussit qu’à lui arracher un demi-rire. Il remonte ses mains et emprisonne mon visage entre ses grandes paumes chaudes. Forcément, là, tout de suite, je comprends pourquoi elles craquent toutes pour lui. Son visage s’approche et il finit par m’embrasser. Jamais mon cœur n’a battu si fort. Jamais il ne m’a autant donné l’impression de vouloir sortir de ma poitrine. L’instant paraît presque trop beau. Assise sur un balcon, une fête et une nuit étoilée en arrière-plan, un garçon qui a le physique d’un mannequin, son odeur douce, ses lèvres sur les miennes, la légère odeur de cigarette qui l’enveloppe. Tout cela me semble trop irréel. Comme brûlée, je le repousse.
- Dé… déso… Je…
Les mots me manquent. Ce n’était pas mon imagination, n’est-ce pas ? Il me regarde un instant avant d’ouvrir la porte, un sourire en coin.
- Ah ! souffle-t-il. C’est moi qui m’excuse. Mon petit jeu est terminé, je rentre. Tu devrais faire pareil ou tu vas attraper froid.
J’ouvre la bouche mais rien n’en sort. Juste deux petites larmes roulent sur mes joues.
Connard.
Nouvelle modifiée le 02/05/2009 à 19:42:25
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