CH. I:
Les termes de l’équation
La crise avait été précédée de quelques signes avant-coureurs. Rien de grave. Rien, en tout cas, qui puisse laisser deviner l’étendue du désastre à venir…mais tout de même…
Il n’est pas aisé de définir, parmi tous ces petits événements insignifiants, celui qui marque véritablement le début de ce long cheminement, de cette lente progression dans le dégoût, de cette montée constante de la nausée. Et sans doute cette recherche forcenée d’un point de départ, d’une date fondatrice, n’a-t-elle aucun intérêt réel.
D’autant qu’avec le recul, il serait facile de donner un contenu probant, un sens évident, au moindre signe, à la plus petite anomalie. L’histoire d’une vie, ou d’un épisode de cette vie, peut, comme l’histoire des peuples et des nations, être réécrite à l’infini. Au gré des interprétations, selon l’humeur du moment ou les intentions du récit, l’incident le plus infîme, ou même l’absence de tout incident, peut s’éclairer comme une évidence aveuglante...
Après coup, bien sûr. Toujours après coup.
Mais sur le moment, dans la brume des jours mécaniques, rien n’est jamais visible, rien n’est jamais lisible. Alors, pour ce qui est d’une éventuelle compréhension, d’une explication rationnelle et cohérente…
C’est pourtant cette soif inextinguible, ce besoin irrépressible, cette vis sans fin du désir de comprendre, cette volonté d’unification, cette nécessaire clarification du monde et de soi qui traverse, de part en part, toutes les existences humaines, même les moins ambitieuses. Renoncer à cette vaine quête, c’est se condamner au néant du suicide ou de la folie. Que d’autres chercheront d’ailleurs à expliquer absolument.
Mais, pour ceux qui refusent de quitter les rives balisées de la raison et que la mort effraie, comment satisfaire cet appétit viscéral de cohérence ? Comment faire coïncider l’absurdité évidente du monde avec la rationnalité proclamée ? Comment réconcilier un Moi largement inconnu, mais qui se révèle, le plus souvent, lâche, vindicatif et veule, avec ce désir, aussi dérisoire que puissant, de s’aimer…et d’être aimé ?
C’est bien là l’impossible équation.
Comme tout-un-chacun, Laurent a parfois cru qu’il était parvenu à résoudre cette éternelle énigme. S’appuyant, tour à tour, sur ce qui lui semblait le plus solide, ou le plus facile, il tenta, comme nous tous, de se construire, dans sa famille, ses études, son métier, son couple, mais aussi par le biais de l’amitié, avec l’aide de Dieu ou celle de l’alcool. Jusqu’à ce que la fragilité intrinsèque de tous ces repères ou auxiliaires successifs le conduisent au cynisme et au dégoût. Mais quand ?
La crise avait bien été précédée de quelques signes avant-coureurs. Rien de grave. Rien, en tout cas, qui puisse laisser deviner l’étendue du désastre à venir…mais tout de même…
Il n’est pas aisé de définir, parmi tous ces petits événements insignifiants, celui qui marque véritablement le début de ce long cheminement, de cette lente progression dans le dégoût, de cette montée constante de la nausée…
Nouvelle modifiée le 10/03/2009 à 14:05:07
Commentaires (2)
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Nouvelle troublante. On se perd un peu dans l'histoire : de quelle crise parlons-nous ? une crise existentielle se propageant ? Malgré l'espacement et la qualité de l'orthographe et de la narration, le lecteur peut vite être embrouillé et se perdre en chemin... quitte à ne pas aller jusqu'au bout ! Attention à toujours suivre le même fil !
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Posté le 11/05/2009 à 20:32:10 par cocodile
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Je suis d'accord, Nicolas, avec ton commentaire, qui porte sur ce texte pris comme une entité... Or, ce n'est pas sa vocation, puisqu'il s'agit de l'introduction (dont on peut évidemment discuter)du roman autobiographique que j'essaie tant bien que mal d'achever... Tu trouveras d'ailleurs le chapitre suivant (Combien de moi encore? 2)dans la même rubrique. <br />
J'avoue que j'aimerais assez que tu lises les deux l'un à la suite de l'autre pour me donner, ensuite, un avis sur l'ensemble...<br />
Merci d'avance si tu prends le temps de le faire...mais, de toute façon, merci de nous lire avec autant de bienveillance.
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